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« Depuis l’origine

toute l’eau s’est évaporée.

La fêlure est dans l’os. Dehors

sur la sphère aplatie et sèche de la terre

c’est un craquèlement d’argile désertique –

ruche d’abeilles mortes, engluées dans leur miel ;

la cire s’est muée en alluvions opaques,

croûte d’excréments perforée d’alvéoles scellés.

Monde de sourds-muets. Chacun, sans la parole,

est un juge effrayant pour l’autre qui l’annule.

Un meurtrier se tapit derrière chaque fenêtre.

Ni pain, ni syllabes complices

à rompre en compagnie

face à la nuit qui croule, après la jeune pluie,

sous la vendange des étoiles de l’automne...

Ici, rien à manger. Une moisson de ronces.

Plus rien à dire : un tison pour la paille !

Tous sont voués au feu. »

 

Délivrance du souffle

Editions Flammarion, 1977

Du même auteur :

L’eau des sombres abysses (03/04/2015)

La clef de l’origine (03/04/2016)

 Soleils… » (03/04/2017)

« Entre la terre obscure… » (03/04/2018)