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Laudes du bois

 

 vendredi 26 avril 2013

 

                                                                                                     L'humilité                                                                                                   

 

A peine t’es-tu essuyé les lèvres

sur la pierre saline des instants

que te prend le désir d’un autre revif

plus pressant remontant le drap

de l’inassouvi jusqu’à ton cou

 

le temps changeant à chaque souffle

verse sa liqueur de noce au front

tavelé des vieilles femmes veillant

près des jonchaies & du bétail endormi

 

à peine le mot s’est-il éteint à ta gorge

que les vents captifs dans les granges

tournent et retournent les rivières

cruellement pour attiser ta soif

 

l’esprit est plus lisse qu’un ciel d’été

plus vierge qu’une corolle de derviche

tu es prêt à tout boire au creuset

des rosées qui se rejoignent enfin

 

tu t’alignes comme un pèlerin

qui a posé sa joue si souvent sur l’hiver

que le souvenir des ruisseaux s’en est allé

 

tu es l’aorte vide des nuages

le regard sans larmes des pénitents

le lit creux des amours déshydratées

 

à peine t’es-tu couvert d’un linge

qu’un hautbois aigrelet te dévêt aussitôt

déboîtant des mortaises tes rêves d’enfant

 

que d’anciennes amours disjoignent les moellons

pour distiller en toi de plus âcres absences

que de lointaines contrées aux épaules dénudées

t’affrètent ô vaisseau lesté d’alcools tremblants

 

tu es le feu sauvage  au fronton des falaises

à peine t’a-t-on repéré que les déserts

déplacèrent leurs mensonges friables

 

 

 

mardi 12 juin 2012

 

La contemplation

(La vue)

                                                                                                                         

Pas d’avantage que d’aucuns

vivants nos morts ne sont absents

sur nous s’appuyant sommeillant

tel un rideau dans l’air qui passe

 

nos morts sont plus verbeux qu’enfants

plus que les amours terrestres

ils s’enroulent dans nos souffles

les herbes ne sont que soupirs

 

nos morts savent comment les sèves

s’élèvent dans les vocalises

des cavatines nous enlaçant

& lissant nos cheveux épars

 

bien davantage que nos défaites

nos défunts marquent les sentiers

par les fougères se dépliant

au creux de l’aine des ruisseaux

 

nos morts ignorent les rêves

qu’ils ont ôtés de leur passage

ils nous les ont abandonnés

pour laisser trace de notre âge

 

pas davantage que l’oubli

nos morts ne seront ni blessants

ni blessés par cette présence

indocile de notre sang

 

Mardi 26 mars 2013

 

Le pouvoir d'apprivoisement du grand

 

Retournons-nous ajoutons du petit bois

chaque heure est une escale remontons le drap

jusqu’au menton des mensonges plus vite

que les enfants disparaissent les femmes

& la mélancolie relève le col

à son manteau & arrange sa jupe

sur les jardins suspendus où nous laissions

notre âge se déchirer sur les buissons

& sur le peigne de nos appels lointains

 

A table entendions-nous entre les branches

des jeux & nous nous plaisions au vent glacé

à la résine aux doigts & au vin du temps

que nous inventions & à l’oubli des noms

nous méconnaissions toute pierre scellée

nous étions des horizons les fils illégitimes

 

ores nous respirons encore comme à nos dix-sept ans

avant l’aube nous ceignons la cambrure

des rêves la soyeuse peau nous dansons

au milieu des astres musqués & là-bas

à l’autre bout de la salle l’aurore

nous donne à sourire la guirlande des noms

que nous aimions tant effleure nos lèvres

de son ivresse & du poivre des fêtes

 

a table entendons encore au travers

des ramures, mais aux longs cheveux d’hiver

nous préférons notre cahute sans murs

nos boîtes à secrets dedans nos ventres

nos armures de nuages nos combats sans haine

 

nous nous sommes retournés & nous étions là

nous suivant au versant d’ombres des voyages

la braise dans la trace n’attendait que l’heure

le bois sec des mots a tout recommencé

 

vendredi 10 août 2012

 


La retraite

 

Les chevaux s’approchent

quand on se couche dans l’herbe

quand on confie au sol

le soin de nous déplier

 

ils sont curieux de nos songes

& de notre dépendance

intrigués par ces rives 

nous tirant vers l’exil      

 

ils paissent non loin

du cœur intermittent

prenant garde d’y préserver

le halo du ciel

 

ils soufflent & leur souffle

rappelle la voix des morts

ils soufflent & l’âme

s’écarte comme une prairie

ils soufflent & l’âge des arbres

se mêle à l’âge des enfants

 

la page à peine tournée

ils se sont éloignés du vent

comme happés par le reflux de la vie engorgée

comme hélés par d’autres plaintes souterraines

 

les chevaux nous ont laissés

au bord du lit défait

& nous peinons à revêtir

la chemise du jour

& nous hésitons à reconnaître

aux lignes de nos paumes

la trace des racines

amoureusement broutées

 

Mardi 2 octobre 2012

 

La poussée vers le haut

 

Nous voici là devant vous

maisons des faux souvenirs

maisons du milieu des flots

maisons des marées étales

aux lucarnes de nuages

maisons des morts bien peinards

maisons gansées de contre-chants

maisons illicites aux errants

nous voici là devant vous

nos bras ballants tout le long

tout gadouilleux d’absence

tout impatients & neigeux

 

nous voici là devant vous

chemins des prétextes forcés

chemins suant de prières

chemins des buissons de femme

aux ombres pelucheuses

chemins des départs inquiets

 

chemins ourlés de promesses

chemins propices aux chutes

nous voici là devant vous

nuque cassée à l’équerre

tout près du couronnement

tout interdits & rocheux

 

nous voici là devant vous

pays des faux précédents

pays à l’angle du ciel

pays à l’exil hautain

aux naufrages pressentis

 

Mardi 1er janvier 2013

 

La libération

 

Et j’ai frotté mon ventre caprin

aux récifs le récit de mes plaies

a frangé mes plaintes d’écumes

mon pelage arraché accroché

au corail signalant aux rochers

la blessure des âges anciens

 

& moi chimère malheureuse

je rugis dans la brume l’horizon

de ma crinière varie comme vent

les écailles de ma queue écorchent

le soleil du sommeil des entrailles

je m’extrais & je cambre mes reins

qui sont plus creux que vos légères

légendes psalmodiées au chevet

du soir tombant tremblant du même

mal qui mit fin au rêve des dieux

 

& moi chimère malheureuse

aux sabots fendus je remonte

ma peine comme d’un puits le sang

le jus des heures collé à mon flanc

nul ne sait qu’en faire sinon geindre

longuement comme la ronce aux murs

lorsque les prières des hommes

se sont muées en d’hiver murmures

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Les belles choses

L’Eveilleur, 22190 Plérin

 

Du même auteur : L’Epaule d’Orphée (21/04/2020)