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Le Kamichi

 

          L’échafaud, c’est la guillotine,

          on n’en veut plus, c’est pour les rois !

          l’humble auteur qui t’écrit ces lignes

          veut pour le moins mourir en croix.

          Je trempe mon roseau dans le sang de mon cœur :

          titre ou dommage ? animalcule

          Dieu vous trouvera ridicule !

          Allez donc vous faire pendre ailleurs !

          on vous accorde

          l’Asile de nuit et la corde.

 

La digitale étonne au bord des bois

J’en veux avoir autour de mon tombeau.

Fais un extrait de cette plante et bois,

et tu seras guéri de tous les maux.

 

Allons ! découpez-moi un bon morceau de marbre

avec dessus mon nom en lettre d’or ;

vous planterez auprès tel ou tel arbre

n’oubliez pas la date de ma mort.

 

Je n’ai jamais pu être militaire,

étant moitié fil de fer et coton

mais je fus dévoué aux compagnons,

obstacle aux biens que fait le monastère.

 

Ca sent la fraise ! Ca sent la mandarine !

Juges-gardiens disent que le roi boit

Moi, Bourtibourg, je dis qu’on m’assassine,

Juges, arrêtez ! Je veux mourir en croix !

 

Acte d’amour que je mets par écrit :

Chacun son lot ! si j’ai le Saint-Esprit

fors que mourir, je ne veux rien sur terre

mourir, encor vivant de Sa Lumière.

 

Revue « Nord-Sud, N° 6-7, Août-Septembre 1917

Chez Pierre Reverdy, Paris, 1917

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