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J’aurai aimé t’emprunter tes yeux

 

J’aurai aimé

t’emprunter tes yeux

pour me regarder

un peu comme tu me regardes

Te prêter les miens

pour que tu me regardes

un peu, beaucoup

comme je te regarde

Avec tes yeux

j’aurai aimé voir au fond

au fin fond de moi-même

traverser avec assurance

les nues attardées à mes ténèbres

reconnaître sans plus de honte

mes faiblesses

mes limites

mes angoisses

Me pencher

sur les vraies blessures

qui ont refusé de se refermer

me rapprocher autant que possible

de cette énigme

que je sais mienne

assez simple au fond

et pourtant impénétrable :

qui suis-je

et pourquoi suis-je ainsi ?

Ô vie, roide

fulgurante

harcelée

ravageuse

rebelle à l’apaisement

sans dieu ni maître

ni barreaux de certitude

tendue comme un arc

entre des mains inexpertes

malgré tout illuminée

de bout en bout

par un feu

perdu dans les constellations

mais visible à l’œil nu

cet œil mien

qui revient de son périple

et se pose à l’instant sur toi

pour te regarder

un peu comme tu me regardes

et te convier

si le cœur t’en dis

à voir au fond

au fin fond de toi-même

pour que nous puissions nous

rejoindre

là où ton énigme et la mienne

reposeraient côte à côte

comme deux amants

s’apprêtant aux confidences

prélude aux caresses

à la fusion des éléments

à l’apothéose.

 

(Amour-jacaranda)

 

In, « Il fait un temps de poème. Volume 2

Textes rassemblés et présentés par Yvon Le Men »

Filigranes Editions, 22140 Trézélan, 2013

Du même auteur :

« Emmurée… » (12/04/2015)

 « Je m’en irai… »  (12/04/2016)

« Tu te souviens… » (12/04/2017)

Deux heures de train (12/04/2018)