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Quand Souvenir me ramentait (*)                    (*) me rappelait

La grand beauté dont était pleine, 

Celle que mon coeur appelait 

Sa seule Dame souveraine, 

De tous biens la vraie fontaine, 

Qui est morte nouvellement,

Je dis, en pleurant tendrement :

Ce monde n’est que chose vaine. 

 

Au vieil temps grand renom courait

De Creséide, Yseud, Élaine 

Et maintes autres qu’on nommait 

Parfaites en beauté hautaine. 

Mais, au derrain (*), en son domaine             (*) à la fin

La Mort les prit piteusement ; 

Par quoi puis voir clairement 

Ce monde n’est que chose vaine.

 

La Mort a voulu et voudrait, 

Bien le connais, mettre sa peine 

De détruire, s’elle pouvait. 

Liesse et Plaisance Mondaine, 

Quant tant de belles dames mène 

Hors du monde ; car vraiment 

Sans elles, à mon jugement, 

Ce monde n’est que chose vaine. 

 

Amours, pour vérité certaine, 

Mort vous guérit tellement ; 

Si n’y trouvez amendement. 

Ce monde n’est que chose vaine.

 

Ballade LX

Du même auteur :

« Le temps a laissé son manteau… » (20/03/2015)

« Ma seule amour… » (20/03/2016)

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