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L’image du malheur à ma fenêtre. Aussi

quand je sors, l’image

m’accompagne.

Je m’imagine

en arbre. Il me plaît de ressembler

à un arbre grandissant

qui fait pousser des feuilles, donne

des fruits qui accomplissent

la promesse

de la terre.

Mais à vrai dire je

ressemble plutôt

à un champ qui, à l’heure

du désir

se remplit de fleurs,

et quand une pensée le croise

comme un vent passager, les arbres

approfondissent les racines

jusqu’aux bas-fonds .Et entre nous

soit dit, quand

l’image du malheur est à ma fenêtre,

je ressemble plutôt

aux fosses intérieures

qui se fraient leur chemin par la force des racines

profondes, et ressemble

moins aux racines. Je prends

davantage la forme

du trou, où

laborieusement

ils s’avancent, pour réchauffer

et élever leur cime.

 

L’image du malheur suspendue,

m’accompagne, aussi

quand je sors, comme ma fenêtre.

Et pourtant je

m’imagine

en arbre, qui hait

le gris

d’automne, qui se ramasse, tel un paquet,

et soudain

s’arrache et s’envole

tel un oiseau,

emportant le poids du mal

et un souvenir caché

aux fenêtres d’eau

en pleine mer.

 

L’image du malheur est suspendue

et moi, en pleine mer,

un homme poussière.

Soudain, je m’imagine

en arbre qui engendre, comme

une gloire dépassée,

les fruits

du mal, dont je ne sais

si les générations à venir

se souviendront,

sinon des débris, souvenirs

d’autrefois.

 

L’image du malheur à ma fenêtre

l’image s’efface ; non,

ne passe pas le mal.

Le cœur emporté de désir

se remplit d’espoir quand il transmet

quelque chose d’ici-bas

par l’aile du mot.

 

Traduit de l’hébreu par Michel Eckhard et Benjamin Ziffer

in, Revue « Poésie 1, N° 116, Mars-Avril 1984 »

Le Cherche-Midi éditeur, 1984