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Tout mais ne pas devenir fou.

Plutôt errer, plutôt les loups,

            Les coups, la faim, le froid ;

Non que je tienne à ma raison :

Oh, quelle joie, quel abandon

            Si j’oubliais son poids !

 

Fou, si l’on pouvait me laisser

Libre, on me verrait m’élancer

            Au fond des bois obscurs,

Chantant dans un délire en feu,

Vibrant de rêves merveilleux,

            Vagues, cherchant l’azur.

 

J’écouterais hurler la mer,

Je fixerais les cieux déserts

            Et je m’enivrerais ;

Je serais libre, fier et fort

Comme le vent qui frappe à mort

            Récoltes et forêts.

 

Mais non ! dès que tu deviens fou

Ils viennent te jeter au trou –

            Tu fais trop peur, et, tiens !

Vis à la chaîne, pauvre idiot,

Et eux, derrière tes barreaux,

            Te narguent comme un chien.

 

Et, la nuit, j’entendrai au vol

Non pas le chant du rossignol

            Non pas le vent hurlant,

Mais les cris de mes compagnons,

Les clés, les chaînes, les jurons,

            Des gardes somnolents.

1833

 

Traduit du russe par André Markowicz,

In, « Le soleil d’Alexandre. Le cercle de Pouchkine 1802 – 1841 »

Actes Sud, éditeur,2011

Du même auteur :

« L’astre du jour éteint sa flamme rougeoyante… » (13/03/2015)

Elégie (12/03/2016)

« Tel l’enfant animé d’un pouvoir enchanteur… » (03/03/2017)

« Lorsque j’erre, songeur… » (03/03/2018)