Bernard_No_l_1_

 

Lettre     verticale

 

bram

 

          arracher la grimace

rien et rien et rien

art n’est pas travail

mais attente

 

vers le fond vers le sans fond

au plus bas

ne pouvant pas ne pas

 

vif errant

engouffré dans

l’ahan de l’agonie

dépris du oui

et refait nu

 

je démens moi

explosion calme

 

pas de savoir métier

en débâcle

il n’ y a que la blessure et

non et le

silence

 

la main additionne lumière et lenteur

 

implosion

mais mue à plat

par saccades par

oubli

sauvagerie du non - vouloir

seule l’angoisse

 

immense massacre

biffant le nom

il faut savoir se mettre en danger

l’extrême appelle

il déporte vers ce nulle part où

tout manque

et cependant exige l’être

 

pas de moyen

et le but se perd en lui-même

ici on jette d’abord sa tête

 

ni appui ni

discours

rigueur rigueur

et un millier d’yeux ouverts

 

qu’est-ce que la vie

une vie en question

autrement

nid de non

défait

 

il voit ce qui aveugle il voit

le voir

 

nuit et le jour d’en bas

 

y a-t-il en nous une énergie neutre

 

acuité de l’anonyme

 

relief en creux et l’

insaisissable

et la ténacité d’y

naître à rebours

 

cercle nous sommes mais encerclé

 

enfoui

se tenir à la limite

toujours poussant le repoussant

 

un échec de l’échec

nature dénaturée

ce lieu où il attend

et se prépare

rayonnant d’attente et de préparation

ce lieu jamais acquis

l’art y tâtonne

et s’y mal-lèche

 

quelque part nous sommes tous semblables

un état brut

il fait peur

 

si nous étions au monde le monde s’

effacerait

 

montré à soi-même

on se voit vu

nous voici devant l’épaisseur

transparente

rien que la gravité

élémentaire

 

Celui qui ne peut se servir de mots. A Bram Van Velde

Editions Fata Morgana, Montpellier, 1975

Du même auteur :

 « Et maintenant que faire avec le rien… » (26/01/2014)

A vif enfin la nuit (26/01/2015)

« un jour / la bouche est devenue obscure… » (27/01/2016)

« assiégé de quel rire… » (27/01/2017)

Fable (27/01/2018)