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La maladie

 

La vaisselle et les voix que l’on entend

de la chambre où l’on fait sa maladie

ne font plus le même bruit qu’à l’ordinaire.

C’est déjà du pays de la mort qu’on en écoute

le feulement, venu de loin à ce qu’il semble.

On se souvient encore, certes, du dessin qui orne

les assiettes et du contour de la parole sur les bouches,

mais on ne sait plus très bien à quoi peut

encore servir ce savoir de très peu de chose.

Et l’on prie le silence et sa musique sourde

de gagner du terrain sur les bruits domestiques,

et l’on demande à un ange de passage

de bien vouloir fermer la porte de la chambre

et de faire en sorte que celle du sommeil cède

sous le poids des épaules qui s’affaissent.

 

In, « L’atelier imaginaire. Poésie »

Editions l’Age d’Homme », Lausanne (Suisse), 1990