Richaud_et_Baissette_1939_1940_1_

 

Testament

 

Autrefois j'aurais voulu être le dernier oiseau du dernier platane

La première lueur du matin sur l'aile d'un olivier

L'orange de midi, bien pendue sur ses feuillages de parfum

Et ce nuage qui joue autour du phare

J'aurais voulu être une phrase coupée au raz d'un poème

Découvert par une jeune fille aux cils de pavot

Au bord d'un grenier de Provence

Mais maintenant

Mon dernier désir est que mon souvenir brûle

Les pierres où il est gravé

Ici et là au petit vol de mes voyages

Les sables de la mer n'ont pas besoin de dictionnaire

Toutes les feuilles meurent en automne

Rien n'est qu'un feu mort au fond d'un ruisseau sec 

 

Que mon visage s'écrase en vous

Ombre de ma jeunesse

Et qu'il ne reste rien de ce fer rouge

 

In , Marc Alyn : « André de Richaud »

Pierre Seghers éditeur (Poètes d’aujourd’hui), 1966

Du même auteur :

Préface (22/12/2016)

La voie du sang (22/12/2017)