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Voix , rayures gravées

sur la face verte de l'eau.

quand le martin-pêcheur plonge,

la seconde grésille

 

ce qui était avec toi

sur chacune des rives,

pénètre

fauché dans une autre image.

*

Voix  venues du chemin d'orties: 

 

viens sur les mains jusqu'à nous.

Quand on est seul avec la lampe,

on n'a que la main pour y lire.

 *

Voix, envahies de nuit, cordes

auxquelles tu pends la cloche.

Arque-toi, monde :

quand le coquillage des morts s'approchera de la rive

les cloches vont sonner ici.

*

Voix  devant qui ton cœur reflue

jusque dans le cœur de ta mère.

Voix venues de l'arbre gibet,

où bois dur et bois jeune échangent,

sans cesse échangent leurs anneaux.

*

Voix, rauques, dans le gravillon,

où pelle aussi de l'infini,

rigole de

mucosité.

 

Mets à l'eau ici, enfant, les barques

que j'ai munies d'hommes d'équipage: 


quand à mi-coque la bourrasque vient se mettre dans son droit

les serres se réunissent.

*

Voix  de Jacob:

 

Les larmes.

Les larmes dans l'œil frère.

L'une d'elles est restée suspendue, a grossi.

 Nous habitons dedans.

Respire, pour

qu' elle se détache.

*

Voix  dans l'intérieur de l'arche:

 

 n'ont été

sauvées que les

bouches. Vous

qui sombrez, écoutez-

nous aussi.

*

Pas une

voix - un

bruit de la fin, étranger aux heures, offert

à tes pensées, ici, enfin porté

jusqu'ici à force de veille : un

pistil, gros comme un œil, avec une profonde

rayure, il

bave de la résine, il ne veut pas

cicatriser.

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

in, Paul Celan : « Choix de poèmes, réunis par l’auteur »

Editions Gallimard (Poésie), 1998

Du même auteur :

Fugue de mort / Todesfuge (01/12/2014)

Strette / Engfürhrung (01/12/2015)

 Matière de Bretagne (01/12/2016)

Le Menhir (01/12/2017)

 

  

Stimmen, ins Grün

der Wasserfläche geritzt.

Wenn der Eisvogel taucht,

sirrt die Sekunde:

 

Was zu dir stand

an jedem der Ufer,

es tritt

gemäht in ein anderes Bild.

*

Stimmen vom Nesselweg her :

Komm auf den Händen zu uns.

Wer mit der Lampe allein ist,

hat nur die Hand, draus zu lesen.

  * 

Stimmennachtdurchwachsen, Stränge,

an die du die Glocke hängst.

Wölbe dich, Welt :

Wenn die Totenmuschel heranschwimmt,

will es hier läuten. 

*

Stimmenvor denen dein Herz

ins Herz deiner Mutter zurückweicht.

Stimmen vom Galgenbaum her,

wo Spätholz und Frühholz die Ringe

tauschen und tauschen.

                        *

Stimmenkehlig, im Grus,

darin auch Unendliches schaufelt,

(herz-)

schleimiges Rinnsal.

 

Setz hier die Boote aus, Kind,

die ich bemannte :

 

Wenn mittschiffs die Bö sich ins Recht setzt,

treten die Klammern zusammen. 

                       *

 Jakobsstimme :

 

Die Tränen.

Die Tränen im Bruderaug.

Eine blieb hängen, wuchs.

Wir wohnen darin.

Atme, dass

sie sich löse.

*

 Stimmen im Innern der Arche :

 

Es sind

nur die Münder

geborgen. Ihr

Sinkenden, hört

auch uns.

*

Keine

Stimmeein

 

Spätgeräusch, stundenfremd, deinen

Gedanken geschenkt, hier, endlich

 

herbeigewacht : ein

Fruchtblatt, augengross, tief

geritzt; es

harzt, will nicht

vernarben.

 

Sprachgitter,

Fischer Verlag, Frankfurt, 1959

 

Poème précédent en allemand :

WolfdietrichSchnurre : Harangue du policier de banlieue pendant sa ronde du matin /Ansprache des vorortpolizisten waehrend der morgenrunde (28/11/2018)