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Les cheveux

 

 

Simone, il y a un grand mystère 

Dans la forêt de tes cheveux. 

 

Tu sens le foin, tu sens la pierre 

Où des bêtes se sont posées ; 

Tu sens le cuir, tu sens le blé, 

Quand il vient d'être vanné ; 

Tu sens le bois, tu sens le pain 

Qu'on apporte le matin ; 

Tu sens les fleurs qui ont poussé 

Le long d'un mur abandonné ; 

Tu sens la ronce, tu sens le lierre 

Qui a été lavé par la pluie ; 

Tu sens le jonc et la fougère 

Qu'on fauche à la tombée de la nuit ; 

Tu sens la ronce, tu sens la mousse, 

Tu sens l'herbe mourante et rousse 

Qui s'égrène à l'ombre des haies ; 

Tu sens l'ortie et le genêt, 

Tu sens le trèfle, tu sens le lait ; 

Tu sens le fenouil et l'anis ; 

Tu sens les noix, tu sens les fruits 

Qui sont bien mûrs et que l'on cueille ; 

 

Tu sens le saule et le tilleul 

Quand ils ont des fleurs plein les feuilles ; 

Tu sens le miel, tu sens la vie 

Qui se promène dans les prairies ; 

Tu sens la terre et la rivière ; 

Tu sens l'amour, tu sens le feu. 

 

Simone, il y a un grand mystère 

Dans la forêt de tes cheveux.

 

 

Simone, poème champêtre

Editions du Mercure de France, 1901