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Je dois mourir

 

Je dois mourir je le sais

pour que la terre continue

sa petite marche tranquille

dans le jour et la nuit

 

Pour que ma voix s'incruste

comme un lichen en vos mémoires

avec les griffes de mes rires

et les mains liée de mes larmes

 

Je dois mourir pour renaître

chaque matin à la rosée

quand le ciel dans les yeux des bêtes

semble venir se reposer

 

Je dois partir

avant la tentation d'être un autre

avant d'être châtré par les mains de la gloire

je dois mourir pour être moi

 

O les étoiles de ma nuit

flamboyantes parmi les torches

c'est mon cortège qu'on emmène

sous les oliviers bleus du ciel

c'est ma jeunesse qu'on emporte

avec des cordes et des poulies

vers cet horizon dur sans porte

où je puisse accrocher mes doigts!

 

Dites quand tout sera terminé

pensez quelquefois à cet amour qui m'étouffait

Et s'il m'arrivait une lettre

venez vite me l'apporter

Je l'ai attendue toute ma vie.

 

 

Liberté de voir

Editions Terre de Feu, 1956