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Trop ténébreuse est la lumière

qui filtre par le soupirail

dans les tribunaux

on la reconnaît autour des édifices

à ces particules blanchâtres qu’elle tient en suspension

os oubliés de caravane sur les mers

à grande distance d’une île volcanique

protégée par les abîmes sélénites

trop ténébreuse

cette lumière des cours d’école

pour les yeux des enfants mal lavés

dans leurs guenilles saignantes

ils regardent leur genou écorché

rien n’est plus triste que cette lumière perdue

qui flotte sur les arbres des cours

d’une caserne à une prison

d’une école à un asile

Dans les gouffres maritimes des tribunaux fonctionnent

une guillotine pour errants

les déshérités de l’eau

qui sortent de la salle de classe

le cartable sur le dos

le tablier noir

des grammaires abyssales enseignent l’ A B C des profondeurs

où la lumière est               mais oui la lumière

un vain mot

des huissiers circulent aux confins des atolls

un jour un courant pas encore étudié emportera les bases du tribunal

parmi les flots d’encre des seiches

sous le ricanement des élèves du cours supérieur

qui apprennent  la balistique          car ils seront officiers

et feront calvacader l’artillerie sur les grandes places  

madréporiques

la nuit vient     quelques enfants solitaires

sortent des murs sans être vus

sur des terrains vagues ils rampent

loin des globes phosphorescents

ils jouent dans les cabanes de charbonniers

avec des bouts d’allumettes et des os noircis

ils jouent ce qu’ils seront dans une autre vie

où la lumière serait réelle

avant l’aube ils reviennent en frôlant les maisons

très vite ils s’engouffrent dans un bâtiment informe

à l’entrée duquel on peut lire

             MANUFACTURE CORDIALE

On entend déjà défiler dans les rues

les régiments d’épaves diurnes.

 

Le Théâtre des nuits blanches

Editions surréalistes, 1931