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Autrefois

 

Autrefois

où si passionnément nous jetions les mots ces dés

excités impatients

de savoir comment le poème allait finir

chaque fois on ne sait quelle gloire se dévoila pour nous

un pan du réel

et nous entrevîmes le futur guerroyant

 

Mais en somme personne n’en tenait pas plus compte

que d’un rêve confus vers l’aube

ou d’un tonnerre lointain

Les maisons demeuraient debout et les gens se promenaient

Du lundi au samedi le temps tant bien que mal passait toujours

Il y avait toujours des avances où tant bien que mal on pouvait prélever

   un peu d’argent

Le temps s’étalait à perte de vue

de même que le vin

 

Et tandis que nous siégions ainsi

quelqu’un dans notre dos a entrepris de mettre le monde sens dessus   

   dessous

comme les serveurs mettent les chaises sur les tables quand la nuit se

   termine

agitant une serpillière humide

et aérant la salle

 

Parmi les mégots

les auspices commençaient à se réaliser effroyablement

La lumière depuis transperce sans pitié le fond de la nuit

Malgré les impénétrables ténèbres tout est révélé

sous terre comme aux étoiles tout se trouve prêt

pour le grand avènement

 

Traduit du tchèque par Petr Král

In, « Anthologie de la poésie tchèque contemporaine, 1945 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2002

Du même auteur : Lettre à ma femme (14/10/2017)