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La lune

 

Lune, toi qui blanchis le fer

Des froids barreaux de ma cellule,

Astre de neige, calme et clair

Qui, loin, là-haut, sans flamme brûles,

 

Je te salue de ma douleur,

Reine nocturne, œuvre divine –

La paix me vient de ta blancheur,

C’est l’âme que tu m’illumines.

 

Comment ! serais-je seul ici,

Comptant sans fin les pas des gardes ?

J’ai des amis qui, eux aussi,

Veillent et songent, te regardent.

 

Peut-être, ils penseront à moi

En s’endormant, prieront peut-être ;

Volant vers leur séjour de joie,

Mon ombre, se sentant renaître,

 

Les bénira... Et quand, soudain,

L’aube luira sur les nuages,

L’étoile du premier matin

Aura dissipé mon image.

1828-1829

Traduit du russe par André Markowicz,

In, « Le soleil d’Alexandre. Le cercle de Pouchkine 1802 – 1841 »

Actes Sud, éditeur,2011