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Tu me disais

 

 

Tu me disais : Ma femme est belle comme l’aube

Qui monte sur la mer du côté de Capri

Tu me disais : Ma femme est douce comme l’eau

Qui poudre aux yeux mi-clos de la biche dormante

Tu me disais : Ma femme est fraîche comme l’herbe

Qu’on mâche sous les étoiles au premier rendez-vous

 

Tu me disais : Ma femme est simple comme celle

Qui perdant sa pantoufle y gagna son bonheur

Tu me disais : Ma femme est bonne comme l’aile

Que Musset glorifia dans sa nuit du printemps

 

Tu me disais aussi : Ma femme est plus étrange

Que la vierge qui fuit derrière sa blancheur

Et ne livre à l’époux qu’un fantôme adorable

 

Tu me disais encore : Je voudrais lui écrire

Qu’il n’est pas un aurore où je n’ai salué

Son image tremblant dans le creux de mes mains

 

Tu me disais encore : Je voudrais la chanter

Avec des mots volés dans le cœur des poètes

Qui sont morts en taisant la merveille entendue

 

Tu me disais encore : Je voudrais revenir

Près d’elle à l’improviste une nuit où le songe

Peut-être insinuerait que je ne serais plus

 

Tu es mort camarade

Atrocement dans les supplices

Ta bouche souriant au fabuleux amour

(Buchenwald, 15-17 mai 1945)

 

Les Jours, les Nuits et puis l’Aurore

Editions F.N.D.I.R.P.(1949)