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Rouge-gorge

 

Ce n’est pas tellement le paysage

Qui revient

Mais l’air d’avant aux pensées légères

Aux mots très doux

Qu’on disait

Pour dire quelque chose peut-être

Qu’auraient entendu les oiseaux

Trois fois rien

Des images

Mais frustres alors sans art

Comme celle des petits livres d’autrefois

Et c’est un gué qu’on passe sans savoir

dans l’éblouissement ordinaire

Du jour

Un vieil homme au jardin

Un peu flottant déjà

Dans ce bleu

Trop large ratatiné de crasse

Aussi luisant que le manche de la bêche

Dans la poche près du couteau

Le grand mouchoir à carreaux mauves

Fait une bosse

Et le rouge-gorge

Sur son perchoir bas

Comme moi fait semblant

De regarder ailleurs

Quand il pisse longuement contre la haie

C’est la terre du matin

Fumante et belle

Lucide

Une coquille d’huître parfois remonte

Qui ne se souvient de rien

On a l’amitié du temps

La poésie est invisible

Février 90

 

Le Nouvel Ecriterres, N° 2, Mai 1990

29720 Plonéour-Lanvern