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Retour

 

1

Je suis ici

pour oublier tout dans mes mots

pour partir en voyage et revenir sans rien

par le chemin manuscrit

des chênes poussiéreux.

 

2

Les visages en passant

laissent dans les miroirs

des échos vulnérables

cendres et murmures

semences que la main serre

pour enfin trouver le cri

 

3

Mémoire et écriture

voix et semences.

Je reviens lentement

à mon origine archaïque.

Je reviens les yeux enterrés.

Je devine mon visage

sous les cendres qui couvrent les miroirs

ou en touchant à peine

les paupières des femmes endormies.

Je reviens vers l’or que le feu ne consume pas.

Je reviens respirer la mer

sous l’arbre qui respire en rêvant.

4

En touchant les paupières des femmes endormies

nous devinons les murmures archaïques :

voix de l’arbre des étoiles et des animaux

labyrinthes

où la lumière encerclée tombe sur elle-même

pour devenir toucher

dessins sur la poussière

paysage de sable.

 

5

Je pressens mon passé

comme un abîme ami.

Les racines de l’arbre

traversent le soleil couchant

les monstres souriants se libèrent.

 

Viens marcher un jour parmi les fissures de la terre

viens écouter un jour

une histoire d’oxyde et de lichen

viens brûler la tristesse des choses gardées

cette cupidité des signes

ces corps fantômes.

 

6

Le pilleur de tombes

jette son butin à la mer :

les crânes des rois incestueux

et les rouleaux des écritures

cachés dans leurs jarres d’argile

des signes pareils aux tatouages sur la peau d’un enfant

au sang des sœurs violées

signes d’une côte sans nom.

 

7

Rocher noir écume inaudible

murailles sans défense.

Le désir peint des manuscrits.

Le visage de la statue

se transforme en vol d’oiseau

et le poème navigue avec ses voiles de brouillard.

 

8

Derrière les yeux crevassés de la statue

brûle le matin d’un puits ancien.

Je retournerai à ce lieu

dont je n’ai jamais pu me séparer

sans être attendu par personne

sans attendre personne.

Tu me diras que le temps passe

usant jusqu’à l’or sur le visage du dieu

et que sa misère de mendiant menteur

connu au marché

ne peut plus être terrible.

Mais je sais que rien ne sera comme avant

et que tout sera pareil.

 

9

Il faudrait lécher le ventre de la solitude

le sexe du soleil

dans les miroirs profonds de l’été

récupérer les jardins

les caves de miel

le raisin d’ombre

caresser la sueur des chevaux immortels

récupérer la mer l’arbre

le corps englouti

et éclairer une peur ancienne

une caresse un murmure

un pont suspendu sur l’oubli.

 

10

L’explosion du silence

retourne lentement

à son origine archaïque :

la pierre de l’amour transfigurée

un visage rongé par les voix

une mémoire visible

sur les murs éboulés du Sud.

 

Nous avons appris que tout voyage

est un voyage de retour.

 

11

 Il faudrait lire une autre fois le paysage

parcourir la poussière et les excréments

se perdre dans la ville en ruine

suivre les animaux

qui traversent les textes solaires

lire cette écriture de boue

jusqu’à rencontrer parmi ces signes

un corps déchiqueté et dispersé

un visage familier

un fantôme qui rit dans le miroir.

 

12

Tu retournes parmi les échos de tes pas

avec ton visage en flammes

par l’étrange chemin de tes traces.

 

13

Nos naviguons  sans autre guide que les voix

mais l’haleine habitant l’ombre est phosphorescence

comme une lente explosion solaire

une glose musicale

résidu indestructible

résonnance de l’arbre

gong entouré d’écriture de fumée

lourd et unique centre de passion

crâne souriant de feuilles vertes.

 

14

Avec son masque de flammes

l’écho retourné aux racines :

écoute les souvenirs triviaux

les secrets inutiles

l’érosion de l’oubli

qui brûlent à voix basse.

 

15

Un grand récit inachevé

un rêve ans la nuit rêvée

le retour de l’explosion solaire

les mains dépouillées de leurs signes

et l’arbre s’incline

dans l’étreinte de la pierre

dans l’aube des corps.

 

16

Dispersé

je me construit avec des échos

une carte marine

faife de fins itinéraires convergents.

Mes traces s’unissent aux voix de l’arbre.

Image habitable

solitude amoureuse.

 

17

Nous connaissons peu les miracles

amis bannis

animaux déroutés

poussière et scories des chemins diagonaux

complices de l’arbre qui murmure

dans les labyrinthes de la mémoire.

 

18

En m’endormant je vieillis

retiré d’une guerre qui ne me concerne pas

et que j’écoute au loin

confondue avec la mer.

Je chevauche à la dérive de mon rêve

sur la terre familière et inconnue

où je suis un très jeune déserteur

couché parmi les fleurs jaunes

et les grands peupliers.

 

19

je suis ce que je suis

un vieillard nu qui dort

entouré d’enfants et de papillons

(la sueur de mon front les attire)

et maintenant

mon cheval sans selle et sans brides

me regarde du fleuve.

Quelquefois

rarement

mon rêve m’éveille dans ce fleuve

ange phallique de l’eau qui passe

levant les pierres

d’une maison engloutie.

Et dans chaque pierre je sens

que je donne la main à quelqu’un qui se noie.

 

Les enfants écoutent

assis au bord de mon rêve

une rumeur de pierre et d’eau .

 

Traduit de l’espagnol par Claude Couffon

In, « Luis Mizón. Poèmes du Sud et autres poèmes

Poema del Sur. Edition bilingue »

Editions Gallimard (Du monde entier), 1982

Du même auteur :

 Prisons / Prisiones (05/08/2014)

L’arbre / El árbol (05/08/2015)

Terre prochaine / Tierra próxima (05/08/2016)

Vent du Sud / Viento Sur (05/08/2017)

 

 

Retorno

 

1

Estoy aquí

para olvidarlo todo en mis palabras

irme de viaje  y regresar sin nada

por el camino manuscrito

de las encinas polvorientas.

 

2

El paso de los rostros

deja en los espejos

ecos vulnerables

cenizas y murmullos

semillas que la mano aprieta

hasta encontrar el grito.

 

3

Memorias y escritura

voces y semillas

Regreso lentamente

a mi origen arcaico.

Regreso con los ojos enterrados.

Adivino mi rostro

en la ceniza que cubre los espejos

o tocando apenas

los párpados de la mujeres dormidas.

Regreso hacia el oro que el fuego no consume.

Regreso a respirar el mar

bajo el árbol que respira soñando.

 

4

Tocando los párpados de la mujeres dormidas

adivinamos el arcaico susurro :

voces del árbol estrellas y animales

laberintos

donde la luz encerrada cae en sí misma

y se hace tacto

dibujos en el polvo

paisaje de arena.

 

5

Presientio mi pasado

como un abismo amigo.

las raíces del árbol

atraviesan el atardecer

los monstruos risueños se liberan.

 

Ven a caminar un día entre las grietas de la tierra

ven a escuchar un día

una historias de óxido y de musgo

ven a quemar la tristeza de las cosas guardadas

esa codicia de signos

esos cuerpos fantasmas.

6

El ladrón de tumbas

arroja su botín al mar :

el cráneo de los reyes incestuosos

y el rollo de las escrituras

encerradas en su jarrón de barro

signos parecidos a tatuajes en la piel de un niño

a sagre de hermanas violadas

signos de una costa sin nombre.

 

7

Roca negra espuma inaudible

naturallas indefensas.

El deseo pinta manuscritos.

El rostro de la estatua

se transforma en bandada de pájaros

y el poema navega con sus velas de niebla.

 

8

Detrás de los ojos agrietados de la estatua

arde la mañana de un antiguo pozo.

Volveré a ese lugar

del que nunca pude separarme

sin que nadie me espere

sin esperar a nadie.

Me dirás que el tiempo pasa

gastando hasta el oro en el rostro del dios

y que su miseria de mendigo mentiroso

conocido en el mercado

ya no puede ser terrible.

Pero yo sé que nada será como antes

y que todo será lo mismo.

 

9

Habría que lamer el viendre de la soledad

el sexo del sol

en los espejos hondos del verano

recuperar los jardines

las bodegas de miel

las uvas de sombra

acariciar el sudor de los caballos inmortales

recuperar el mar el árbol

el cuerpo sumergido

y alumbrar un viejo miedo

una caricia un susurro

un puente colgante en el olvido.

 

10

La explosión del silencio

regresa lentamente

a su origen arcaico :

la transfigurada piedra del amor

un rostro erosionado por las voces

una memoria visible

en los muros derrumbados del Sur.

 

Aprendimos que todo viaje

es un viaje de regreso.

 

11

Habría que leer otra vez el paisaje

recorrer polvo y excremento

perderse en la ciudad en ruinas

seguir los animales

que atraviesan los textos solares

leer esa excritura de barro

hasta encontrar en esos signos

un cuerpo descuartizado y disperso

un rostro familiar

un fantasma que ríe en el espejo

 

12

Regresas entre los ecos de tus pasos

con tu rostro en llamas

por el extraño camino de tus huellas.

 

13

Navegamos sin oto guía que las voces

pero el aliento fosforece

habitando la sombra

como una lenta explosión solar

glosa musical

residuo indestructible

resonancia del árbol

gong rodeado de escrituras de humo

pesado y único cento de pasión

sonriente cráneo de hojas verdes.

 

14

Con su máscara de llamas

el eco retorna a las raíces:

escucha los recuerdos triviales

los secretos inútiles

la erosión del olvido

ardiendo en voz baja.

 

15

Un gran relato inacabado

un sueño en la noche soñada

el regreso de la explosión solar

las manos despojadas de su signos

y el árbol se inclina

en el abrazo de la piedra

en el alba de los cuerpos.

 

16

Disperso

me construyo con ecos

una carta marina

hecha de finos itinerarios convergentes.

Mis huellas se unen a las voces del árbol.

Imagen habitable

soledad enamorada.

 

17

Sabemos muy poco de milagros

amigos desterrados

animales sin rumbo

polvo y escoria de los caminos diagonales

cómplices del árbol que murmura

en los laberintos de la memoria.

 

18

Durmiéndome envejezco

alejado de una guerra que no me concierne

y que escucho a lo lejos

confundida con el mar.

Cabalgo a la deriva de mi sueño

por la tierra familiar y desconocida

donde soy un desertor muy joven

acostado entre flores amarillas

y grandes álamos.

 

19

Soy lo que soy

un anciano desnudo que duerme

rodeado de niños y mariposas

(el sudor de mi frente las atrae)

y ahora

mi caballo sin montura y sin riendas

me mira desde el río.

A veces

raras veces

mi sueño me despierta en ese río

angel fálico del agua que pasa

levantando las piedras

de una casa sumergida.

Y en cada piedra siento

que doy la mano a alguien que se ahoga.

 

Los niños escuchan

sentados a la orilla de mi sueño

un rumor de piedra y agua.

 

Poème précédent en espagnol :

Maria VictoriaAtencia (1931 -) : « Que faire si soudain tu découvres... » / « Qué hacer si de repente descubres... » (28/05/18)