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Le poids su silence 

 

     Les commencements sont nombreux, mais c’est toujours la même histoire,

     celle d’un homme que le petit matin dans la rue saisit par le col,

     alors qu’il était sorti pour acheter une baguette à la boulangerie.

     Et voilà que ce qu’il croyait établi dans sa vie, le chemin tracé, une femme

avec un chat parmi les livres,

     voilà que la rue humide et riante sous le premier soleil avec son odeur de

nouveau-né,

     flanque tout par terre, le petit matin, le ciel, le chemin, la boulangerie,    

et lui ne sait plus rien tout à coup,

     ni qu’il avait faim, ni que l’amour existe et qu’il eut dans sa vie la place du

soleil, rien.

 

     Quelque chose comme l’aile d’un ange ou d’un oiseau vient de le toucher,

     et c’est comme s’il avait trébuché sur son ombre invisible à cette heure,

     et la terre en le recevant ne l’a pas reconnu.

     Son corps s’en va devant lui tout seul et il le regarde sans étonnement ni effroi,

     longer les couloirs de la ville et se perdre,

     avec une sorte de demi-sourire, comme celui de l’ange du porche dont il ne

souvient plus.

 

     Il pèse tout juste le poids de son silence.

 

Tombeau du Capricorne

Editions Gallimard, 2009

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