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  Chapurlat

 

L’éclat – l’enfance –

des calcaires

après l’orage, l’éclat

d’une récitation de pierres

au sommet des labours...

 

- quand se dessine, et saigne, et commence

de battre comme altercation, et fugue,

sous les tempes, le réticulaire

espace attisé, -

 

Recrachant l’air monstrueux, il marche,

il compte : - l’écart approprié,

le débours de son pas détruit...

 

Evadé de la trame retorse

des poisons et des sangles

il marche, il compte, à voix basse,

les arbres, - les barreaux détruits,

à voix basse déchirée...

 

Délivré de sa rixe avec le soleil,

sur des terres actives

simplement, il va

- comme tout surcroit de force va

à la multitude, au torrent...

 

Dessous sont des souterrains

étayés depuis des millénaires

par un tel récit, son battement,

 

et qu’un rire d’enfant secouru écroule

le mien, crécelle entre les racines

et frémissement de bruyères...

 

Il marche, il suit les progrès

de la foudre,

dans ses gerces de bourrelier...

 

 

 

Comment se battre nu-pieds

contre ce qui tonne

et tourne

autour des tempes, et bourdonne

sans signification , et scintille

et que l’espace emporte

dans sa fraîche suffocation

 

 

Les grands châtaigniers fendus

se reposent, un instant, lumineux,

de leur dramaturgie noueuse,

des prouesses déchiquetées de leurs feuilles,

 

ancrés sur l’abrupt, enracinés,

eux, dans la tempête de l’aride...

 

 

 

Il monte –

et pour finir de le détruire, le calme

musicalement érigé

 

sans lequel serait le sens, - répercuté

contre le rocher, ou nul,

ou le cri,

sa tête éparpillée sous la hache

le retour des remous de l’air

 

Du chaotique point de l’aube,

ensemble nous cessons

de glisser

                - et le ciel se découvre...

et craquent les coutures du temps

dans les branches de châtaignier...

 

Qu’il aille, - qu’il casse le soleil

pour empierrer les chemins

de sa tête, - et redresser la grille,

le solaire

écartèlement

de sa marâtre, morte

 

mais le soleil a bifurqué,

mais la calculatrice est sourde,

l’enfance morte...

 

 

 

Aux orgues de basalte du second ravin

le souffle manque...

                                 il est rendu, lui,

aux genêts, par les éclairs,

à la charogne maternelle, par le labyrinthe

brusquement simplifié,

avant de tomber, de fouir,

un terrier sanglant, excrémentiel,

jusqu’à ta nudité dissolvante,

aigre soleil,

second mourir,

vérité de sable et de vent...

 

 

 

Courbe prise au lacet comme une simple colline

chaque pensée le contourne, ici,

ou s’allonge devant son pas, pur

nombre inscrit dans le regard, abîme

à sa hauteur, élevé,

où toute construction, musicalement,

se désagrège...

 

                       Quel rire

protègera l’extrême voyageur

contre l’ombre sienne, séduite, épouvantée

par une tache de soleil ?

 

Il s’écarte, et revient, vers elle, abîme,

femme ligneuse d’une terre âpre, plaie

débridée à sa naissance, plaie sans bords,

gisement où se tord l’écheveau

de l’écriture du soleil

                                    - et son halètement,

une lime dans le thorax...

 

 

 

De sa propre parole monstrueusement retournée

 

ils l’ont empalé sur la grille, - et la norme,

la puanteur de la norme

 a fait le reste

 

 

Calme le vent, calme-toi

ils pourraient à investir à nouveau ce cercle de pierres

et de douleurs, dressé à plusieurs voix

dans le désordre grandissant

 

quand le calme

terrible

oscille

et que vibre le fléau

de sa balance

sur l’inscription charnelle de ton couteau

 

 

 

 

De ta puissante poussée répétitive

des mots soustraits à la mort

nue – jusqu’à la pupille éclatée d’un seul,

 

le trait, sept fois, le corps, battu, traversé

s’inscrit selon tel rayon de spirale

 

avec de la terre sur le vide, et du sang

contre le mur

 

Dehors,

Editions Gallimard, 1975

Du même auteur :

 « j’ai cru rejoindre par instants… » (28/06/2014)

Grand vent (27/06/2015)

« Expérience sans mesure… » (28/06/2016)

Le règne minéral (28/07/2017)