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Fièvre blanche

 

Avant que l’éveil n’ait mis sa griffe

sur ce front qui dort fermé sur des feux,

sur des nuits et sur des poisons chanteurs,

j’aurais plongé dans la mare sans rides.

 

Celui qui bat dans la poitrine,

le soleil monte le long du dos

jusqu’à l’éclat bleu dans la nuit,

jusqu’aux signes soudain du silence

du souffle épuisé dans la tête ;

 

jusqu’aux mots du phosphore si peu brillants,

si peu bruyants et sans éclat, mais sûrs,

plus sûrs qu’un acier dans la gorge,

plus sûrs que l’incendie, plus sûrs que la dent

de l’affamé des nuits, la larve ronge-reins,

 

si peu brillants devant les velours  grands ouverts

d’yeux qui ne lisent pas, mais d’yeux qui voient,

buvant la détresse de cette nuit,

mesurant sans repos ces horizons fuyards,

depuis les dunes noires sans accès du sud,

depuis les marais toujours bleus vers le nord,

jusqu’au centre plus noir que le noir du velours

des yeux qui voient ! jusqu’à l’abîme

où la fleur sans raison du signe qui vient d’éclore.

 

Le velours de nuit descend en soi-même,

le vide s’arrondit sous un travail obscur

et tombe en perle noire droit au fond de moi-même

et de là regarde.

 

Une fièvre argumente et ferme ma prison ;

ai-je lu que tout était perdu,

ai-je lu que j’étais sauvé ?

je suis seul enfermé avec ma sœur la maladie,

la blanche multiforme, la dépouilleuse ;

ce dernier hôpital est un cube sans portes

et qu’ai-je lu sur le mur blanc ?

 

une lueur bleue serpente sur ma peau

la mange et me dessèche

je ne sais pas ce que j’ai su.

 

Le Contre-ciel

Cahiers Jacques Doucet. 1936

Du même auteur :

Poème à Dieu et à l’homme (05/07/2014)

Nénie (05/07/2015)

Mémorables (05/07/2016)

La seule (04/07/2017)