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Le cops rayonnant

 

Moment où il semble qu’en nous le paysage tourne,

quand nous ne savons plus y trouver un chemin :

ni la vraie vie ni la mort mais la vie obstruée

par ce qui n’a ni forme ni visage et que l’on n’ose

attaquer crainte de se tromper de cible

- si la faiblesse n’est pas la seule cause

de cet accablement. (Je vois les toits ressuyer

après la pluie qui laisse le ciel aussi couvert

et dans la cour j’entends des bruits

de caisses que l’on déplace et je m’élance

- trop faiblement – vers une terre découverte

qui est cette femme nue dans la solitude

de sa chambre et qui rêve et ne sait pas

qu’elle est une goutte d’eau aux lèvres

dans le désert de celui qui ne la verra pas

- car il n’y a pas d’oeil qui la surprenne

- rien qui la surprenne, mais son corps rayonne

et au-delà des murs et des arbres qui gouttent

s’impose à l’inconnu qui est proche soudain

de surprendre un mystère reformé – la terre

ainsi parfois s’éclaire, se rembrunit la vie

d’un homme épouse ces moments peut-être malgré lui

- et ce sont leurs noces cependant.)

 

La Nouvelle Revue Française, N°443, Décembre 1989

Editions Gallimard, 1989

 

Du même auteur : les discrets (22/06/2019)