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De la mer océane

 

     Mer. Océan. Cap Breton.

 

     La grande forme qui vient d’Amérique avec son beau creux et sa sereine

rondeur trouve enfin le socle, l’escarpe, la barre. La molécule brise sa chaîne

- Les cavaliers blancs sautent par delà eux-mêmes.

     L’écume ici forme des bancs très durables, qui figurent un petit mur de

bulles irisé, sale, crevard, le long du plus haut flot. Le vent chasse des chats,

et des moutons nés de cette manière, et les souffle et les fait courir le plus

drôlement du monde vers les dunes comme effrayés par la mer. Cette écume

est autre chose que de l’eau battue – Emulsion.

     Quant à l’écume naissante et vierge, elle est d’une douceur étrange aux

pieds. C’est un lait tout gazeux [aéré], tiède, qui vient à vous avec une violence

voluptueuse – inonde les pieds, chevilles, les fait boire, les lave et redescend

sur eux – avec une voix qui abandonne le rivage et se retire, tandis que le [ma]

statue s’enfonce un peu dans le sable et que l’âme qui écoute cette immense

fine musique infiniment petite, s’apaise et la suit.(1912)

 

Les Cahiers

Editions Gallimard (La Pléiade), 1973 – 1974

Du même auteur :

La fileuse (29/05/2014)

 Le cimetière marin (27/05/2015)  

Le Sylphe (16/06/2017)