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« Je suis celui qu’on aime et qu’on ne connaît pas. 

Sur l’homme j’ai fondé mon empire de flamme 

Dans les désirs du cœur, dans les rêves de l’âme, 

Dans les liens des corps, attraits mystérieux, 

Dans les trésors du sang, dans les regards des yeux. 

C’est moi qui fais parler l’épouse dans ses songes ; 

La jeune fille heureuse apprend d’heureux mensonges ; 

Je leur donne des nuits qui consolent des jours, 

Je suis le Roi secret des secrètes amours. 

J’unis les cœurs, je romps les chaînes rigoureuses, 

Comme le papillon sur ses ailes poudreuses 

Porte aux gazons émus des peuplades de fleurs, 

Et leur fait des amours sans périls et sans pleurs. 

J’ai pris au Créateur sa faible créature ; 

Nous avons, malgré lui, partagé la Nature : 

Je le laisse, orgueilleux des bruits du jour vermeil, 

Cacher des astres d’or sous l’éclat d’un Soleil ; 

Moi, j’ai l’ombre muette, et je donne à la terre 

La volupté des soirs et les biens du mystère »

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Eloa, ou la Sœur des Anges,

Auguste Boulland et Cie, Libraires, Paris, 1824

Du même auteur :

« Souvent dans les forêts de la Louisiane… » (05/05/2015)

 La Maison du berger (05/05/2016)

 

Le Cor (I) (06/09/2019)