20 mai 2018

Pierre de Ronsard (1524 – 1585) : « Maîtresse, embrasse-moi… »

  Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi, Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie, Mille et mille baisers donne-moi, je te prie, Amour veut tout sans nombre, Amour n'a point de loi.     Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi Te gardes-tu, là-bas, quand tu seras blêmie, A baiser de Pluton ou la femme ou l'amie, N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?     En vivant presse-moi de tes lèvres de roses ; Bégaie, en me baisant, à lèvres demi-closes, Mille mots... [Lire la suite]
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19 mai 2018

Paul Eluard (1895 -1952) : « Je te l’ai dit pour les nuages… »

  Je te l’ai dit pour les nuages Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles Pour les cailloux du bruit Pour les mains familières Pour l’œil qui devient visage ou paysage Et le soleil lui rend le ciel de sa couleur Pour toute la nuit bue Pour la grille des routes Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles Toute caresse toute confiance se survivent   Revue « Chantiers, N° 4, Avril 1928 » ... [Lire la suite]
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18 mai 2018

Angel González (1925 – 2008) : Ce sont les mouettes, mon amour / Son las gaviotas, amor.

  Ce sont les mouettes mon amour   Ce sont les mouettes, mon amour. Les lentes, les hautes mouettes.   Mer hivernale. L’eau grise laisse un tâche froide sur les rochers. Tes jambes, tes douces jambes, attendrissent les vagues. Un ciel sale se vautre sur la mer. Le vent efface le profil des collines de sable. Les tristes mares de sel et de froid copient ta lumière et ton ombre. Elles crient des choses là-haut que, trop absorbée, tu n’écoutes pas.   Ce sont les mouettes, mon amour. Les lentes,... [Lire la suite]
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17 mai 2018

Paul Verlaine (1844- 1896) : l’Angoisse

  L’angoisse     Nature, rien de toi ne m'émeut, ni les champs Nourriciers, ni l'écho vermeil des pastorales Siciliennes, ni les pompes aurorales, Ni la solennité dolente des couchants. Je ris de l'Art, je ris de l'Homme aussi, des chants, Des vers, des temples grecs et des tours en spirales Qu'étirent dans le ciel vide les cathédrales, Et je vois du même oeil les bons et les méchants. Je ne crois pas en Dieu, j'abjure et je renie Toute pensée, et quant à la vieille ironie, L'Amour, je voudrais bien... [Lire la suite]
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16 mai 2018

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846 – 1870) : « O mathématiques sévères... »

        O mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos savantes leçons, plus douces que le miel, filtrèrent dans mon cœur, comme une onde rafraîchissante. J’aspirais instinctivement, dès le berceau, à boire à votre source, plus ancienne que le soleil, et je continue encore de fouler le parvis sacré de votre temple solennel, moi, le plus fidèle de vos initiés. Il y avait du vague dans mon esprit, un je ne sais quoi épais comme de la fumée ; mais, je sus franchir... [Lire la suite]
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15 mai 2018

Frédéric-Jacques Temple (1921 -) : Ensérune

  Ensérune (1) Les ancêtres nous reçoivent, pères profonds, têtes inhabitées, clos dans leurs vases funéraires qui contiennent nos prémisses.   La mémoire mûrit dans les cistes, le thrène hivernal des oiseaux, la fureur aiguë de l'été, l'ivresse rouge des vendanges.   Chefs de guerre en leur citadelle, femmes décorées de fibules, cueilleurs d'olives, moissonneurs, ont engendré ces alyscamps   ensemencé la terre abrupte de leurs cendres tutélaires, garante des outils et des larmes, immobiles... [Lire la suite]
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14 mai 2018

Emile Verhaeren (1855 – 1916) : La folie

    La folie   Routes de fer vers l'horizon : Blocs de cendres, talus de schistes, Où sur les bords un agneau triste Broute les poils d'un vieux gazon ; Départs brusques vers les banlieues, Rails qui sonnent, signaux qui bougent, Et tout à coup le passage des yeux Crus et sanglants d'un convoi rouge ; Appels stridents, ouragans noirs, Pays de brasiers roux et d'usines tragiques, Où sanglotent, quand vient le soir, Toutes les voix du vent Frappant, d'un contenu gémissement, Les fils à l'infini des... [Lire la suite]
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12 mai 2018

Giuseppe Ungaretti (1888- 1970) : Vanité / Vanità

  Vanité   Soudain Tout haut plane Au-dessus des décombres La limpide stupeur De l’immensité.   Et l’homme Penché Sur l’eau Surprise Par le soleil Se découvre N’être qu’une ombre Bercée et Doucement brisée.   Traduit de l’italien par Sicca Venier in, « Poètes d’Italie, Anthologie » Editions de La Table Ronde, 1999 Du même auteur : Où la lumière / Dove la luce (20/11/2014)   La Pitié / La Pietà (13/05/2016) Les fleuves / I fiumi (13/05/2017) J’ai tout perdu /... [Lire la suite]
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12 mai 2018

Charles Baudelaire (1821 – 1867) : Les bijoux

 Les bijoux   La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur, Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores, Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.     Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, Ce monde rayonnant de métal et de pierre Me ravit en extase, et j'aime à la fureur Les choses où le son se mêle à la lumière.     Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d'aise A... [Lire la suite]
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11 mai 2018

Francisco Brines (1932 -) : Quand je suis encore la vie / cuando yo aún soy la vida.

  Quand je suis encore la vie A Justo Jorge Padrón     La vie m’entoure, comme durant ces années maintenant perdues, après la magnificence d’un monde éternel. La rose estafilade de la mer, les couleurs estompées des jardins, le fracas des pigeons dans l’air, la vie autour de moi, quand je suis encore la vie. Avec la magnificence d’autrefois, les yeux vieillis, et un amour lassé.   Quelle espérance à présent ? Vivre ; et aimer, tandis que le cœur s’épuise, un monde fidèle, bien que... [Lire la suite]
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