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7. Au nom de mon corps

 

Au nom de mon corps le vivant /mort, le mort/ vivant

dénué de forme, et qui en a autant de pores,

au nom de ce je qui n’est pas moi

de ce tu, femme, qui n’est pas toi,

nous reformerons notre parler, nos deux langues

nous instaurerons des mots à la mesure de la langue, des lèvres, du palais, du gosier

nos deux corps entreront dans des limbes de brousses et de noces

pour tous deux se détruire / se rebâtir

en une vague

de célébration

sans forme :

lentement / rapidement

en direction de ce que nous appelions : vie

et c’était l’exorde de la mort

 

Au nom de mon corps le mort / vivant, le vivant / mort

un cyprès s’élève entre le nom et le visage

le langage revient à sa première maison

l’amour était une tombe

j’y entrai /j’en sortis

c’était une fête pour le repos des artères.

Et moururent grammaire et déclinaisons

dociles elles se rassemblèrent comme pour un jugement dernier.

Par-devant la première ode que j’écrivis, et la dernière

leur rassemblement se mit à juger, à trancher

condamner / innocenter :

pour que la nuit vienne

le jour doit s’évader du jour,

pour que le jour vienne

la nuit doit s’évader de la nuit,

pour que la terre reste fidèle à la mémoire des herbes

elle doit de chaumes se couvrir.

 

Au nom de mon corps le vivant /mort, le mort/ vivant

il appartient au corps de trancher

entre lui-même er lui-même,

d’emprisonner la chair dans la chair,

de combattre la cellule par la cellule,

d’ensemencer mon sang et de le moissonner.

enfin il appartient au corps d’être un corps :

d’être son contraire.

 

Singuliers

Editions Sindbad /Actes Sud,1995

Du même auteur :

l’amour où l’amour s’exile (23/05/2015)  

Pays des bourgeons (23/05/2016)

Miroir du chemin, chronique des branches (23/05/2017)

Chronique des branches (23/05/2019)