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Des rochers délivré

L’invisible dragon

De cime en cime s’élance

Vers sa mer d’origine

 

Les oies sauvages s’ouvrent

Au pur souffle qui passe

Et soudain apaisés

Les pins sont tout ouïe

 

 

 

Vers le dieu de passage

Tu fais le geste d’invite

 

Dieu de soif

          dieu de faim

Traversant la terre

Sans savoir où

          poser sa tête

 

 

 

 

Ne rien retrancher

Fixer des yeux jusqu’au bout

          l’innommable

Survivre aux os rompus

          à la chair corrompue

Être de tout son corps

Le mot-œil

Que nulle langue humaine

          n’ose dévisager encore

 

 

 

 

Racines des rosées

          et des nuages

Nous ne céderons pas d’un pouce

Sur ce que nous avons arraché

          aux saisons

Au cœur de l’ultime hibernation

Les mousses garderont souvenance

Re-pousseront les saules

          de la nostalgie

 

 

 

 

Jusqu’à la fin

Vous serez témoins

 

Stèles érigées par les humains

Au bord des champs

Au coeur des ruines

 

Témoins de vaines gloires

De deuils inconsolés

De massacres sans fin

De l’immonde du monde

 

Jusqu’à la fin

Jusqu’au moment où nul

Ne sera là

Pour déchiffrer

Les signes gravés

 

 

 

 

Mais de nos oublis vous avez gardé mémoire

Au cœur de la chair meurtrie : notre demeure

Vos replis recèlent le serment des amants

Séparés ils échangent en vous leurs diamants

Laves de vaine passion larmes cristallines

Grondement lointain d’un printemps avorté

Tout appel désormais corps écartelés

Toute réponse à jamais cendres semées

Au cœur de la chair meurtrie : votre demeure

Car de nos oublis vous avez gardé mémoire

 

 

 

 

Quand le lézard tracera la fissure

          au cœur de la pierre

Le pavot du pré se rappellera

          nos noms emmêlés

Midi d’un été de pur échange

Un cri muet déchirant les reins les lèvres

A l’heure où toute vie, suspendue

          en une grappe de fruits

Un jour, ici, midi d’un été

Sans ombre autre que la nôtre, trop humaine

          pour prendre racine

Et trop tard pour établir demeure

 

 

 

 

A l’extrême de l’automne

Nous parviendra encore

          mêlé de mousses et de lilas

L’écho de la cascade

Ravivant le sang

          ravivant le chant

Au creux de la roche fêlée

 

 

 

 

Dentelles de Montmirail

Les vagues s’érigent en rocher

Les morsures de requins

          en dentelles

 

De toute éternité

L’été terrestre doit s’ouvrir

A notre unique regard

 

Nous fouillerons les entrailles

Du dragon disloqué

A la recherche du sang mâché

          du souffle bu

Tout devient voie

Tout devient don

 

Tout le jour se passe en reconnaissance

 

Quand disparaît l’ultime nuage

Nous nous prosternons

Devant le roc élu

          qui rehausse nos désirs

 

Informulés

 

 

 

 

Ce qui est donné

C’est la patience d’une vie

          poisson fossilisé

C’est ce qu’il faut de temps

          pour changer le poisson en eau

          et pour changer l’eau en pierre

Pour les ouvrir l’un à l’autre

Pour les fermer l’un dans l’autre

          le poisson dans l’eau

          et l’eau dans la pierre

Ce qui est donné

C’est la promesse d’une vie

          jamais remémorée

Sauras-tu la reprendre entière

Sans en altérer l’élan

Sans l’émietter ?

 

 

 

 

Il fait bon sur une margelle

S’asseoir quand arrive le soir

La pierre est tiède encore et fraîche

L’ombre – avant de puiser l’eau

Il fait bon sur une margelle

Aux tièdes mousses s’attarder

Uni à la fraîcheur de l’ombre

Contempler le dernier rayon

Du couchant qui tisse en images

- avec les aiguilles des pins

Sa brève légende dorée

 

 

 

Vers le soir

Abandonne-toi

          à ton double destin :

Habiter le cœur du paysage

Et faire signe

          aux filantes étoiles

 

 

 

 

Nuit ici

Aube ici

 

Ombre du bois

Fendant la pierre

          incandescente

 

 Désir

D’atteinte

 

Hors

 

Double chant,

Editions Encre Marine,2000

 

Du même auteur :

Un jour, les pierres (I) (15/052014)

« L'infini n'est autre… » (15/05/2015)

Un jour, les pierres (II) (15/05/2016)

« Demeure ici… » (15/05/2017)

L’arbre en nous a parlé (I) (05/05/2019)

L’arbre en nous a parlé (II) (05/05/2020)