19 avril 2018

Jude Stéfan (1930 -) : (Ni vie ni mort)

  Pourriture vous êtes ma mère oui Vers vous êtes mes frères et sœurs non moins et toi la Tombe enfin de plein silence qui des cris vains protègera je t’apporte en pâture en pâture je t’apporte  ce cœur mon jeune cœur fille des vœux les plus sûrs. mais – ô bouleaux de l’enfance et seins de baisers sonnants et langue qui claque de plaisir en embrassant leur jambes – vers toi je n’avance que mêlé d’images en chemin fem- mes. D’homme dressé j’y choirai soldat prostré sans joie et sans regret.   (Ni vie ni... [Lire la suite]
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18 avril 2018

Cesare Pavese (1908 – 1950) : La mort viendra et elle aura tes yeux / Verrà la morte e avrà i tuoi occhi

  La mort viendra et elle aura tes yeux 11 mars – 10 avril 1950   TO C. FROM  C.     Toi, sourire diapré sur la glace des neiges – vent de mars, branches en cortège jaillies sur la neige, ardente et plaintive dans tous tes manèges – daine aux membres blancs, gracieuse, puissé-je connaître encore la grâce ondoyante de tous les jours, la dentelle d’écume de tous tes tours – la plaine là-bas demain sera glacée – toi, sourire diapré toi, rire étincelant. 11 mars 1950   IN THE... [Lire la suite]
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17 avril 2018

Max Jacob (1876 – 1944) : Invitation au voyage

  Invitation au voyage A Louis Bergerot     Les trains! Les trains par les tunnels étreints Ont fait de ces cabarets roses Où les tziganes vont leur train Les tziganes aux valses roses Des îles chastes de boulingrins. Il passe une automobile Il passe de fragiles rentières Comme sacs à loto mobiles. Vers des parcs aux doux ombrages Je t'invite ma chère Elise. Elise ! Je t'invite au voyage Vers ces palais de Venise. Pour cueillir des fleurs aux rameaux Nous déposerons nos vélos Devant les armures... [Lire la suite]
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16 avril 2018

Peter Huchel (1903 -1981) : Origine / Herkunft

  Origine   Le vent des ombres m’a porté la maison le sait-elle ? Les poires dans le buffet répandent une odeur mûre de vieil été. Là où le fléau sifflait le blé volait en tas. Là où au bord du lit, la lampe s’éteignait les draps étaient étendus.   Comme je grimpais dans les sapins les cheveux enduits de résine toit et chambres résonnaient encore de l’année des hirondelles. Le carillon de la nuit souffle autour de la maison. Et par la porte froide sortent en silence les amis depuis longtemps... [Lire la suite]
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15 avril 2018

Salvatore Quasimodo (1901 -1968) : « Voilà plusieurs nuits déjà… »

  Voilà plusieurs nuits déjà qu’on entend encore Le doux bruit de la mer, dans son flux et son reflux, Le long des grèves lisses. C’est l’écho d’une voix Close dans la mémoire qui remonte le temps ; Et l’on entend aussi cette plainte assidue Des mouettes ; peut-être est-ce celle d’oiseaux Hantant les tours, que vers la plaine pousse avril. Déjà tu m’étais proche, ô toi, par cette voix ; Je voudrais qu’à mon tour à présent te parvienne Egalement de moi l’écho d’un souvenir, Tout comme cet obscur murmure... [Lire la suite]
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14 avril 2018

Itzhac (Isaac) Katzenelson (1886 -1944) / יצחק קאַצ(ע)נעלסאָן : Aux cieux

  Aux cieux   A C’est ainsi que cela commença, dès l’origine… Cieux, dites pourquoi, ô      dîtes pourquoi ? Pourquoi il nous échoit d’être ainsi humiliés sur l’immense terre ? Terre sourde-muette et qui semblait fermer les yeux…. mais vous, cieux,      pourtant vous avez-vu, d’en haut vous avez regardé sans pour autant vous renverser !   B Sans nuages vos portails bleus scintillaient, fallacieux comme toujours. Vêtu de rouge le soleil, bourreau... [Lire la suite]
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12 avril 2018

Saphô / Σαπφώ (vers 630 – vers 580 av.J.C.) : Je serai toujours vierge

  Je serai toujours vierge   Je demeurerai vierge comme la neige Sereine, qui dort là-bas d’un blanc sommeil, Qui dort pâlement, et que l’hiver protège Du brutal soleil.   Et j’ignorerai la souillure et l’empreinte Comme l’eau du fleuve et l’haleine du nord. Je fuirai l’horreur sanglante de l’étreinte, Du baiser qui mord.    Je demeurai vierge comme la lune Qui se réfléchit dans le miroir du flot, Et que le désir de la mer importune De son long sanglot.   Traduit du grec par René... [Lire la suite]
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12 avril 2018

Abdellatif Laâbi (1942 -) : Deux heures de train

  Deux heures de train   En deux heures de train je repasse le film de ma vie Deux minutes par année en moyenne Une demi-heure pour l’enfance une autre pour la prison L’amour, les livres, l’errance se partagent le reste La main de ma compagne fond peu à peu dans la mienne et sa tête sur mon épaule est aussi légère qu’une colombe A notre arrivée j’aurai la cinquantaine et il me restera à vivre une heure environ   L’Etreinte du monde Editions de la Différence, 1993 Du même auteur : ... [Lire la suite]
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11 avril 2018

Heinrich Von Morungen (1150 – 1222) : « Des regards douloureux... » / « Leitlîche blicke... »

  12.I   Des regards douloureux et une profonde douleur ont presque ruiné mon cœur et ma vie. Ma vieille détresse, je l’exhalerais de nouveau si je ne craignais pas la colère des moqueurs. Mais si je chante pour celle qui me ravissait naguère, que personne par Dieu ne mette en doute ma loyauté, car je suis né pour chanter.   Plus d’un dira : « Or voyez comme il chante ! S’il souffrait, il se comporterait autrement. » Celui-là ne peut savoir quel mal me tourmente. Maintenant je fais ce... [Lire la suite]
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10 avril 2018

Jacques Réda (1929 -) : « Quand montant de la porte d’Orléans… »

             Quand montant de la porte d’Orléans on arrive à peu près au milieu de l’avenue du Maine, il y a ce replat vaste où le ciel s’enfle et roule sans peser plus qu’une bulle contre la Tour. Encore moins de  cinquante mètres et la ville se reconstitue , on le sait depuis toujours. Mais le savoir ne change pas grand-chose, s’en assurer non plus : quelques pas en arrière et de nouveau c’est l’extrême limite, l’interruption de tout au bord d’un néant lumineux.... [Lire la suite]
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