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Origine

 

Le vent des ombres m’a porté

la maison le sait-elle ?

Les poires dans le buffet

répandent une odeur mûre de vieil été.

Là où le fléau sifflait

le blé volait en tas.

Là où au bord du lit, la lampe s’éteignait

les draps étaient étendus.

 

Comme je grimpais dans les sapins

les cheveux enduits de résine

toit et chambres résonnaient encore

de l’année des hirondelles.

Le carillon de la nuit souffle autour de la maison.

Et par la porte froide

sortent en silence les amis

depuis longtemps perdus.

 

Le chaudronnier aussi

longtemps oublié

qui, assis près du feu, martelait

dans la fumée de la cuisine,

devant moi il est accroupi, vieux, voûté,

et gitanesque,

il sortait la nuit de la forêt aux corneilles

cherchant table et foyer.

 

Avant qu’elle apporte le goûter

et coupe la miche

la servante entaillait le pain d’une croix,

y joignait la foi.

Quand le jour point, vert dans le ciel,

court-elle aux champs,

toujours dévouée, la grise servante

sais-je où elle demeure ?

 

Et le valet, perdu dans ses pensées,

à peine le jour levé,

scrutant ce que tissait l’araignée

rapide, elle parcourait la toile

et nouait ses fils

la tempête éclatait

la pluie s’attardait dans les branchages

et elle traînait le pas.

 

Tous vivent encore dans la maison

amis, qui n’est plus ?

je vide encore votre cruche

je mange votre pain.

Et à travers gel et ténèbres

vous m’accompagnez.

lorsque sur les pierres il neige

j’entends alors vos pas.

 

Traduit de l’allemand par Emmanuel Moses

In, Peter Huchel : « La tristesse est inhabitable »

Editions de La Différence (Orphée), 1990

Du même auteur :

Exil (16/04/2015)

Ferme Thomasset (16/04/2016)

« Sous la houe brillante de la lune… » / Unter der blanken Hacke des Monds… » (16/0420/17)

 

 

Herkunft

 

Dass ich kami m Schattenwind,

weiss davon da Haus?

Birnen duften mürb im Spind

alten Sommer aus.

Wo der Flegel sausend drosch,

fliegt das Korn zuhauf.

Wo am Bett das Öl erlosch,

liegt das Laken auf.

 

Als ich mit verharztem Haar

in die Kiefern kroch,

klangen laut vom Schwalbenjahr

Dach und Kammer noch.

Nachtgeläut umweht das Haus.

Und durchs kalte Tor

gehn die Freunde still hinaus,

die ich längst verlor.

 

Und der Kesselflicker auch,

der arm Feuer sass,

hämmernd und im Küchenrauch,

den ich lang vergass,

vor mir hockt er krumm und alt

und zigeunerisch

kam nachts aus dem Krähenwald,

suchte Herd und Tisch.

 

Eh die Magd die Vesper bot

und vom Brotlaib schnit,

ritzte sie das Kreuz ins Brot,

gab den  Glauben mit.

Wenn es grün am Himmel tagt,

ob sie feldwärts eilt,

dienend noch, die graue Magd ?

Weiss ich, wo sie weilt ?

 

Und der Knecht, der grübelnd sann,

war der Tag kaum hell,

forschend, was die Spinne spann,

life im Netz sie schnell,

seilte sie die Fäden fest,

zog ein Sturm herauf,

Regen blieb lang im Geäst,

war sie träg im Lauf.

 

Alle leben noch im Haus :

Freunde, wer ist tot?

Euern Krug trinck ich noch aus,

esse euer Brot.

Und durch Frost und Dunkelheit

geht ihr schützend mit.

Wenn es auf die Steine schneit,

hör ich euern Schritt.

 

Gedichte

Aufbau Verlag, Berlin (RDA), 1948

Poème précédent en allemand :

Friedrich Hölderlin : Chant du destin d’Hypérion / Hyperions Schickalslied (06/02/2018)

Poème suivant en allemand :

 

Johann Wolfgang von Goethe : Un autre pareil / Ein Gleiches (23/06/2018)