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Le jardin mouillé

 


La croisée est ouverte ; il pleut

Comme minutieusement,

À petit bruit et peu à peu,

Sur le jardin frais et dormant.

 

Feuille à feuille la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit ;

Au mur, on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi.

 

L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas.

 

Le jardin chuchote et tressaille,

Furtif et confidentiel ;

L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel.

 

Il pleut, et les yeux clos, j'écoute,

De toute sa pluie à la fois,

Le jardin mouillé qui s'égoutte

Dans l'ombre que j'ai faite en moi.

 

 Les Médailles d’argile

Société du Mercure de France,1900

Du même auteur :

« Si j'ai parlé / De mon amour … » (17/12/2014)  

« Un petit roseau m’a suffi… » (17/12/2015)

Vœu (17/12/2016)