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Parle laisse tomber une parole

Bonjour j'ai dormi tout l'hiver et maintenant je me réveille

Parle

          Une pirogue glisse vers la lumière

Une parole légère avance à toute voile

Le jour a forme de fleuve

Sur ses rives brillent les plumes de tes chansons

Douceur de l'eau dans l'herbe endormie

Eau claire voyelles à boire

Voyelles parures du front des chevilles

Parle

          Touche la cime d'un silence heureux

Ouvre les ailes parle sans cesse

Un visage oublié passe

Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs

L'enfance et ses flèches son idole son figuier

Romps les amarres et passe avec la tour et le jardin

Passent futur et passé

L'heure déjà morte et l'heure à tuer

Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant

Volées de comètes qui se perdent dans mon front

Parle

          Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable

Plonge tes bras blancs dans l'eau féconde en prophéties imminentes

 

Traduit de l’espagnol par Jean-Clémence Lambert

in, Octavio Paz : « Liberté sur parole »

Editions Gallimard (Poésie), 1966

Du même auteur :

L’avant du commencement /Antes del Comienzo (17/01/2015)

Pierres de soleil / Piedra de sol (17/02/2016)

Hymne parmi les ruines / Himno entre ruinas (10/02/2017)

« Même si la neige tombe... » (10/02/2019)