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Départ à Paumanok

 

1

Ayant pris mon départ à l’île-poisson Paumanok,

Solide de conception, éduqué à la perfection par ma mère,

Coureur ayant couru mille pays, amoureux des foules qui se bousculent aux   

     trottoirs,

Citoyen résidant à Manhattan mais n’habitant pas moins les savanes du Sud,

Soldat dans son campement ou encore sac et fusil à l’épaule ou encore mineur

     en Californie,

Ou bien perdu dans les profondeurs de mes bois du Dakota, vivant à la dure,

     avec l’eau des sources pour boisson, et pour seul menu la viande,

Ou bien retiré dans un coin à l’écart de tout, rêvassant ou méditant,

A mille lieues du vacarme des foules, abîmé dans le bonheur de l’instant qui

     passe,

Ayant devant les yeux la générosité infiniment renouvelée du Missouri, ayant

     devant les yeux la puissante chute du Niagara,

Ayant devant les yeux les troupeaux de bisons paissant l’herbe de la plaine,

     taureaux poitrails musculeux, laine hirsute,

Ayant la connaissance de la terre, du rocher, des fleurs du cinquième Mois,

     l’étoile, la pluie, la neige faisant mon émerveillement,

Ayant étudié les notes et les chants de l’oiseau moqueur, le vol du faucon des

     montagnes,

Ayant ouï au crépuscule l’incomparable grive musicienne dans les cèdres du

     marais,

Solitaire comme elle est, chantant ma chanson à l’Ouest, je m’engage dans la

     direction du Nouveau Monde

 

2

Victoire, union, foi, identité et temps,

Mystérieuses richesses, compacts indissolubles

Le progrès sans fin, le kosmos, les récits modernes,

 

Voilà comme est la vie,

Voilà ce qui monte à la surface au bout de mille convulsions, au bout de mille

     douleurs d’enfantement.

 

Etrange non ? Et cependant bien réel !

Sous nos semelles le sol divin, dessus nos têtes le soleil.

 

Voyez les révolutions du globe,

Les continents-ancêtres dérivant sur leurs arrimages,

Les continents actuels et futurs, Nord avec Sud reliés par l’isthme

     intermédiaire

 

Voyez ces immensités sans trace de routes,

S’emplir à toute allure par l’enchantement d’un rêve,

Y débarquer les masses multitudineuses,

S’y rencontrer dorénavant, jusqu’ici inconnue, l’élite des hommes, des

arts et des institutions.

 

Voyez dans la projection du temps

L’ininterruption de mon auditoire.

Pas ferme, marche continue, ils s’avancent sans jamais s’arrêter,

Se succédant l’un l’autre, cent millions d’Américanos,

Une génération vient jouer son rôle, et puis au revoir !

Une autre la suit, et prend congé à son tour,

Visages de profil ou bien cou tourné vers moi, pour mieux m’écouter,

Regard rétrospectif dans ma direction.

 

3

Americanos ! vous les conquérants ! dans la parade de l’humanité

Qui marchez en tête ! qui marchez le siècle ! Libertad, vous les masses !

Je vous prépare un programme de chants scandés.

 

Qui scandent les prairies,

Scandent la longue rivière Mississipi courant jusqu’au golfe du Mexique,

Scandent l’Ohio, l’Indiana, l’Illinois, l’Iowa, le Wisconsin et le Minnesota,

Scandent à partir du centre, le Kansas, sur une distance équidistante,

Incessantes pulsations de flammes ramifiées qui vivifieront la totalité.

 

4

Prenez mes feuilles Américains, emmenez-les au nord et au sud avec vous,

Faites-leur bon accueil où que vous soyez, c’est de vous qu’elles émanent,

Prenez-les en brassées, à l’est ou à l’ouest, c’est vous qu’elles embrassent,

Liez-vous tendrement à elles, elles ont liaison tendre avec vous.

 

Par cœur je sais le savoir ancien,

Ayant étudié au pied des grands maîtres,

S’il est vrai que demain l’élection m’attend, puissent-les grands maîtres

     revenir à leur tour m’étudier !

 

Pourquoi mépriserais-je l’Antiquité au nom de l’Union ?

Puisque voici les enfants mêmes de l’Antiquité qui lui feront justice !

 

5

Poètes, philosophes et prêtres défunts,

Martyrs et artistes, inventeurs ou gouvernements tombés dans l’oubli,

Façonneurs en langues étrangères sur d’autres rivages,

Nations qui avez connu la gloire, aujourd’hui isolées, désolées, puissances

     restreintes,

Je n’aurai hardiesse d’avancer sans vous avoir humblement crédité de vos

     dons légués aux vents jusqu’à nous.

Car j’en ai fait le compte et le décompte, que je trouve admirables (je m’y

     suis attardé quelque temps),

Et je pense que rien ne dépasse en valeur la valeur, le mérite qu’il y a là,

Car j’ai longtemps porté mon examen sur eux avant de m’en détacher,

Sûr à présent d’occuper ma place dans mon propre temps.

 

Voici que débarquent la femme et l’homme,

Débarquent le navire héritier, la nacelle héritière du monde, débarque la

     flamme des matériaux,

Débarque la traductrice spirituelle, l’ouvertement avouable,

L’incessante guérisseuse, le résumé final des formes visibles,

L’apaisante plénitude, si patiemment attendue et qui enfin arrive,

Oui voici débarquer ma maîtresse mon âme.

 

6

Mon âme,

Eternellement à l’infini – plus durable que n’est compacte et brune la terre

     arable – plus durable que ne flue et reflue l’océan.

 

Je ferai poème de la matière, car je sais que ce seront les poèmes les plus

     spirituels,

Je ferai poème de mon corps ma mortalité,

Car je sais que par là même je m’offrirai les poèmes de mon âme mon

     immortalité.

 

Je ferai poème de nos Etats de manière qu’aucun de nos Etats ne soit jamais

     menacé de soumission à un autre,

 

Je ferai mon poème de telle sorte qu’il y ait camaraderie jour et nuit entre tous

     nos Etats, entre deux Etats pris au hasard,

Je ferai poème hérissé d’armes aux pointes menaçantes pour les oreilles du

     Président,

Avec, derrière ces armes, une rangée de visages aux mines menaçantes ;

Je ferai poème du Un unifié à partir de la pluralité,

Du Un dont le chef, éclatant de ses dents acérées, dépassera les autres chefs,

Du Un guerrier, résolument, incluant la somme globale de ceux qu’il

     surpassera

(Si haut que soit une tête, celle-là dépassera de toute sa hauteur à elle).

 

Je me fixe comme but de connaître les pays contemporains,

Je me fixe comme but de parcourir la géographie du monde entier, saluant

     courtoisement la famille des cités, grandes ou petites,

Saluant la gamme des occupations ! Dans mes poèmes il y aura de l’héroïsme

     aussi, tel qu’on l’aime, sur la terre comme sur la mer.

Je me fixe comme but de parler de l’héroïsme d’un point de vue américain.

 

Je me fixe comme but de chanter le chant du compagnonnage,

Je me fixe comme but de montrer définitivement les lois qui assemblent entre

     eux les compagnons,

J’ai confiance qu’entre eux ils fondront leur idéal de l’amour viril et qu’ils

     me l’indiqueront,

Donc je me fixe comme but de laisser brûler au-dehors de moi les flammes

     qui menaçaient intérieurement de me consumer,

Je me fixe comme but de les libérer de leur emprisonnement à petites braises

     sournoises,

Je me fixe comme but de leur donner l’absolue liberté,

Je me fixe comme but d’écrire l’évangile de la camaraderie et de l’amour,

Car qui serait mieux placé que moi pour comprendre l’amour avec ses joies  

     ou ses chagrins ?

Oui qui pourrait mieux que moi être le poète de la camaraderie ?

 

7

Je suis l’homme crédule aux qualités, aux âges, aux races,

Je sors du peuple, j’ai son esprit,

Voici de la poésie qui chante sa foi sans contrainte.

 

Omnes ! Omnes ! que m’importe l’ignorance des autres,

Je fais le poème du mal tout aussi bien, je n’ai pas peur non plus de célébrer

     cet élément-là,

J’ai en moi-même autant de mal que de bien, c’est pareil pour ma nation –

     d’ailleurs je dirai que le mal n’existe pas

(Ou alors s’il existe, disons qu’il est simplement et sans plus l’un des cent

     sujets qui nous importent à tous, à vous, à la nation ou moi).

 

Moi aussi, à la suite de mille autres et suivi par milles autres, j’inaugurerai ma

     religion, laissez-moi descendre dans l’arène

(Qui sait si je ne suis pas destiné à y pousser les cris les mieux entendus, les

     cris bruyants du vainqueur,

Hein, qui sait ? peut-être émaneront-ils de moi, couvrant tous les autres).

 

Aucune chose n’est faite pour elle seule,

Je dis donc que la terre entière et les étoiles dans le ciel sont faites pour la

     religion.

 

Je prétends qu’aucun homme jusqu’à nous n’a fait preuve de suffisamment de

     dévotion,

N’a adoré, n’a vénéré avec suffisamment d’adoration,

N’a seulement commencé d’imaginer combien lui-même avait de divinité en

     lui, combien de certitude le futur avait pour lui.

 

Je déclare que la grandeur naturelle de nos Etats dans l’éternité réside

     nécessairement dans la religion,

Sans elle il n’y a pas de grandeur réelle ni durable

(La vie humaine, la personne humaine ne méritent pas leur nom sans la

     religion,

Non plus que l’homme, la femme ou n’importe quel pays).

 

8

Jeune homme, que fais-tu ?

Es-tu complètement dévoré par la littérature, la science, les arts, les amours,

     es-tu complètement pris par eux ?

Par la réalité ostensible, par la politique, par d’autres sujets, que sais-je ?

Par ton ambition, les affaires ou quoi encore ?

 

Très bien, cela est très bien – je n’ai rien à redire, puisque tout cela est dans

     mon poème,

Cependant vois comme tout cela s’effondre, part en fumée, direction la

     religion !

Car le bois n’alimente pas plus surement, plus diversement la chaleur,

     l’impalpable flamme, l’essence vitale de la terre,

Que tes actes ne nourriront la religion.

 

9

Que recherches-tu, qui est si pensif, si muet,

Quel est ton besoin, camerado ?

Mon petit garçon ; serait-ce l’amour ?

Alors écoute-moi - écoute-moi Amérique mon fils ma fille

C’est une chose douloureuse que d’aimer un homme ou une femme à l’excès,

     cependant c’est un plaisir aussi, un extraordinaire plaisir,

Mais il y a quelque chose de tout aussi extraordinaire qui fait tout coïncider,

Qui, merveilleusement, par-delà la matière, ouvre ses larges mains

     providentielles en continuité.

 

10

Donc, sache que dans le seul but de semer en terre les graines d’une plus

     grande religion,

Voici mes chants mes poèmes, chacun selon son espèce.

 

Oui camarade chéri !

Mes chants te feront partager avec moi deux splendeurs, deux grandeurs, 

     plus une troisième naissante, lumineusement englobante,

Qui sont l’Amour et la Démocratie, et la merveilleuse Religion.

 

Mélange mon mélange, l’invisible avec le visible,

Mystérieux océan où les fleuves se déversent, se vident,

Prophétie spirituelle de la matière qui flue et scintille tout autour de moi,

Vivantes créatures d’identité tellement proche et marquée de certitude, et

     cependant respirant un air inconnu de nous,

Adhésion qui, quotidiennement ou dans l’heure, ne me délaisse pas,

C’est vous que je retiens, vous à demi-mot qui de moi êtes requis.

 

L’homme qui chaque jour depuis l’enfance par son baiser m’a poussé dans le

     monde,

L’homme qui tressa en corde autour de moi ce lien qui m’unissait à lui,

Ne m’a pas plus uniment lié à lui que n’a fait le ciel ou le monde spirituel,

Sachant ce qu’eux ont fait pour moi, leur inspiration dans mes thèmes.

 

Ô mes thèmes - mes gammes égales ! Ô la moyenne divine !

Mes sifflements de grive dans le soleil comme à l’heure présente, à midi, au

     couchant,

Mes mélodieuses cascades descendues jusqu’ici d’âge en âge,

Je m’applique à vos harmonies intrépides et complexes, notant mes

     variations que je transmets joyeusement à ma suite.

 

11

Comme je me trouvais dans l’Alabama faisant ma promenade matinale,

J’ai aperçu au milieu d’un bosquet d’églantiers un nid d‘oiseau moqueur où

     couvait la femelle.

 

Le mâle aussi était là.

A quelques pas à peine du nid m’arrêtant, j’ai entendu sa gorge dilatée

     moduler sa chanson joyeuse.

 

Et comme je ne bougeais plus, je me suis avisé que ce pour quoi il chantait

     n’était pas seulement le moment présent,

Ni la présence de sa compagne ni sa présence à lui ni le rebond des échos,

Mais quelque chose de subtil, de clandestin même, de bien plus lointain,

Charge à transmettre, cadeau occulte pour les créatures venues au monde.

 

12

Démocratie ! à deux pas à peine de toi vois cette gorge à l’instant qui se dilate

     au passage d’une musique d’allégresse.

Ma femme ! à la vision des couvées qui écloront demain, notre progéniture,

A la vision des enfants de ce temps comme ceux de l’avenir,

J’exulte et brûle de débrider de vigoureuses caroles plus haut plus clair

     qu’aucune  jamais ne résonna.

 

Je brûle de composer des chants donnant passage à la passion,

Des chants de criminels, des chants de hors-la-loi, car mon œil, mes scansions

     leur sont acquis, je les accueille en moi tout comme les autres.

 

Je brûle de composer le poème authentique des richesses,

De gagner à l’esprit et au corps tout ce qui adhère, tout ce qui va de l’avant,

     ce qui jamais ne sera déchet de la mort ;

Je brûle de diffuser la tendre chaleur de l’égotisme, de le faire apparaître qui

     sous-tend tous nos actes, j’ambitionne d’être le barde de la personnalité,

Je brûle de démontrer que femelle ou mâle, il y a entre les deux parfaite

     égalité,

Quand à vous actes sexuels, organes sexuels, laissez-moi vous intensifier en

     moi pour mieux pouvoir vous glorifier d’une voix courageuse et claire.

Car je veux démontrer qu’il n’existe pas d’imperfection dans le présent ni

     n’en existera aucune dans le futur,

Oui j’entends démontrer que quoi qu’il arrive à quelqu’un les résultats

     peuvent finalement être surprenants,

Je brûle de démontrer que le plus bel accident de tout est la mort,

Je brûle de faire courir en filigrane de mes poèmes un fil cousant étroitement

     entre eux époques et évènements,

Prouvant que toutes les créations dans l’univers sont des miracles parfaits qui

     rivalisent en profondeur l’un avec l’autre.

Je n’ai pas l’intention de faire de poèmes de la division en parties,

Musique ou pensées, ce seront toujours des poèmes de l’ensemble,

Jamais je ne me réfèrerai à tel ou tel jour précis, mais à la totalité des jours,

D’ailleurs aucun de mes poèmes ni partie subalterne de mes poèmes qui n’ait

     rapport à l’âme,

J’ai vu tous les objets qui sont dans l’univers en effet, j’en conclus qu’il

     n’existe pas une particule d’un objet qui n’ait rapport à l’âme.

 

13

N’ai-je pas entendu quelqu’un me réclamer de voir l’âme ?

Alors, commençons par notre forme propre, notre visage, les êtres humains,

     les substances, les animaux, les arbres, le courant des rivières, les rochers,

     le sable.

 

Chaque chose contient en elle une somme de joies spirituelles qu’elle libère

     derrière elle, après son passage ;

Qui a dit que le corps réel mourait jamais, qu’il était jamais enterré ?

 

Votre corps à vous, dans la réalité, le corps des hommes et des femmes réels,

Sachez qu’il échappe, dans ses plus infimes détails, aux mains des laveurs de

    corps, des embaumeurs de cadavres, pour passer en des sphères adéquates, 

Enrichi de la somme des qualités acquises depuis la naissance jusqu’à l’heure

     de la mort.

 

Les lettres assemblées par le compositeur-typographe ne font pas moins sens

     ni intention essentielle après impression

Que la substance vitale d’un homme ou d’une femme ne fait impression

     différente

Quant au corps et à l’âme, avant la naissance ou bien après la mort.

 

Oui parfaitement ! le corps inclut le sens tout en étant le sens, l’intention

     principale, le corps inclut l’âme mais n’en est pas moins l’âme ;

Et vous qui que vous soyez, voyez quelle magnifique beauté, quelle divinité

     votre corps manifeste en ses moindres parcelles !

 

14

A bon entendeur, cette liste de nouvelles inépuisables !

 

Fille des plaines, n’attendiez-vous pas votre poète ?

N’attendiez-vous pas votre poète à la bouche de rivière, à la main

     géographique ?

A destination des hommes de nos Etats, à destination des femmes de nos

     Etats,

Mes paroles d’exultation, mes chansons célébrant la terre de Démocratie !

 

Terres enconnectées, productrices d’aliments !

Terre du charbon et du fer ! terre aurifère ! terre du coton, du sucre du riz !

Terre du blé, de la viande bœuf, de la viande porc ! terre de la laine et du

     chanvre ! terre des pommiers des raisins !

Terre des plaines pastorales, des prairies d’herbe du monde ! terre de ces

     interminables plateaux aux brise douces !

Terre du bétail, terre des jardins, de la saine demeure en adobe !

Terre du Nord-ouest où serpente la sinueuse Columbia, terre du Sud-Ouest où

     serpente le sinueux Colorado,

Terre de l’Est où coule le Chesapeake ! Terre de la Delaware !

Terre aux lacs, Ontario, Erié, Huron, Michigan !

Terre des Treize d’origine!Terre Massachusetts,Terre Vermont, Connecticut !

Terre des rivages de l’océan ! terre des sierras et des pics !

Terre des marins, des canotiers, terre des pêcheurs !

Inextricables terres engrenées l’une à l’autre ! terres passionnelles !

Les côte à côte, frère aîné frère cadet, solide charpente des membres !

Terre du féminin, des grandes femmes, d’expérience sororale, d’innocence

     sororale !

Terre des souffles du fond de l’horizon ! Vigueur du vent d’Arctique !

     Douceur de la brise mexicaine ! Vents variés, compacts de vents !

Le Pennsylvanien ! le Virginien ! Le Carolinien deux fois !

Comme je vous aime vous toutes et chacune mes nations intrépides ! Oh

     vraiment vous pourrez dire que je vous ai incluses dans la perfection de

     mon amour !

Je ne peux pas me défaire de vous, pas plus de l’une que de l’autre !

Ah ! mort, comprends-tu pourquoi tu ne m’as pas encore vu, tout occupé à

     mon amour irrépressible,

Arpentant la Nouvelle-Angleterre, en ami, en voyageur,

Plongeant allègrement mes pieds nus à la crête des vagues d’été aux plages de

     Paumanock,

Sillonnant la Prairie, retournant vivre à Chicago, habiter dans toutes les villes,

Spectateur de spectacles, naissances comme améliorations, structures ou arts

     nouveaux,

Auditeurs d’orateurs, d’oratrices, dans les salles publiques,

Nomade à vie à travers tous les Etats, mais aussi complice des Etats, le

     premier homme, la première femme venus mes voisins,

Guère moins proches de moi que moi d’eux, le Louisianais le Géorgien,

Indifféremment de mon côté, ou moi du leur, le natif du Mississippi ou de

     l’Arkensas,

Chez moi sur les plaines à l’ouest du grand fleuve dorsal mais chez moi aussi

     bien dans ma ferme d’adobe,

Chez moi sur la route de l’Est, chez moi dans l’Etat du Rivage ou dans le

     Maryland,

Mais encore Kanadien affrontant vigoureusement l’hiver, bonjour la neige,

     bonjour la glace,

Mais encore fils authentique du Maine Granit State, ou de l’Etat de la baie de

     Narragansett, ou de l’Etat Empire State,

Mais aussi bien au large en mer, en route pour d’autres rivages à annexer,

     mes nouveaux frères je vous salue !

Mariant mes feuilles aux nouvelles feuilles dès l’instant que celles-ci

     s’accordent aux anciennes,

M’insérant spontanément au sein des neuves par compagnie, me voulant leur

     égal, m’approchant de vous personne par personne à la seconde même,

Vous incitant vous invitant à des spectacles, des rôles des performances.

 

15

Main fermement dans la mienne, vite, hâtons-nous !

 

Faites adhésion à moi votre vie durant

(Qu’importe qu’il vous faille probablement me persuader en plusieurs fois de

     m’attacher librement à vous !

N’est-ce pas le genre d’efforts persuasifs que requiert la Nature ?)

Chez moi aucune délicatesse, style dolce affetuoso !

J’ai de la barbe, le teint brûlé par le soleil, la nuque grisonnante, je fais peur,

J’entends qu’on se batte avec moi à la lutte pour remporter les vrais prix de

     l’univers,

Ce sont ces prix-là que j’offre à qui aura la patience de mériter la récompense.

 

16

Court arrêt provisoire sur mon chemin,

Salut à vous ! salut à l’Amérique !

J’envoie les couleurs du présent dans le ciel, prédis un sublime et réjouissant

     avenir à nos Etats,

Quand au passé proclamons les richesses des aborigènes rouges diffusément

     confiées à l’air tout autour de nous.

 

Oui, eux les aborigènes rouges,

Qui nous ont transmis leurs souffles naturels, leurs sonorités de pluie et de

     vents, leurs imitations de cris d’oiseaux et de bêtes dans les bois, leurs

     noms de clans vêtus dans nos syllabes,

Okonee, Koosa, Ottawa, Monongahela, Sauk, Natchez, Chattahoochee,

     Kaqueta, Oronoco,

Wabash, Miami, Saginaw, Chippewa, Oshkosh, Walla-Walla,

Et qui, confié leur trésor aux Etats, se sont dilués et évaporés, laissant à

     l’eau et à la terre toute une charge de noms.

 

17

A partir de maintenant, expansion rapide d’éléments,

De peuples de croisements, vifs et audacieux jusqu’à la turbulence,

Recréation d’un monde primitif, perspectives de gloire incessante en ses

     mille rameaux,

Une race nouvelle va dominer les précédentes, beaucoup plus grandiose

     qu’elles, lancer de nouveaux défis,

Nouvelle en politique, nouvelle en littérature et en religion, nouvelle par

     ses inventions et ses arts.

 

Telles sont les infirmations qu’annonce ma voix – plus question de dormir, je

     me dresse,

Et vous les océans qui sommeilliez au fond de moi, comme je vous sonde

     dans vos insondables profondeurs, comme je vous sens remuer, comme je

     vous sens apprêter des vagues et des orages inouïs !

 

18

Spectacle des steamers dont la fumée fume par mes poèmes,

Spectacle des immigrants continuellement en débarquement,

Spectacle dans mon dos du wigwam, de la piste et la hutte du chasseur, son

     bateau plat, la feuille de maïs, la concession fermière, la palissade hâtive,

     le village tout au fond des bois,

Spectacle des deux océans, la mer occidentale, la mer orientale, chacune de

     son côté, spectacle de leurs marées flux et reflux sur mes poèmes comme

     sur leurs rivages propres,

Spectacle des forêts et pâturages dans mes poèmes – les animaux sauvages,

     les domestiques, avec, au-delà du kaw, les innombrables troupeaux de

     bisons paissant les boucles de l’herbe rase,

Spectacle dans mes poèmes des cités de l’intérieur, drues et vastes, leurs rues

     pavées, leurs immeubles en fer ou en pierre, l’incessant flot des véhicules

     et du commerce,

Spectacle des presses à imprimer, cylindres actionnés par la vapeur,

     spectacle du télégraphe électrique lignes tendues sur tout le continent,

Spectacle des câbles sur les hauts-fonds de l’Atlantique, vibrations

     d’Amérique gagnant l’Europe contre vibrations d’Europe en retour

     ponctuellement,

Spectacle de la puissante et rapide locomotive toute haletante au départ, toute

     sifflante du sifflet à vapeur,

Spectacle des laboureurs labourant autour des fermes, des mineurs travaillant

     aux mines, des usines sans fin,

Spectacle des artisans à leur établi, à leurs outils, spectacle de la promotion en

     leur sein des juges, des philosophes, des présidents, ile émergent chacun

     son uniforme,

Spectacle de l’homme qui flâne par toutes les boutiques et tous les champs

     des Etats, oui cet homme c’est moi, le jour et la nuit me tiennent chaud

     dans leur amour

Ecoutez l’écho de mes chansons, comme il est fort – lisez-vous-même ce

     qu’elles disent enfin !

 

19

Ah ! camerado chéri ! Toi et moi à la fin, nous deux seuls ensemble !

Ah ! le mot unique qui dégagera à l’infini l’horizon devant nous !

Ah ! l’extase qui ne se démontrera plus ! Ah ! la musique sauvage !

Ah ! comme je triomphe et comme tu triompheras tout à l’heure !

Ah ! ma main dans ta main – l’intégrité du plaisir – ah ! mon amant, mon

     autre désir,

Ah ! dans notre enchaînement ferme, pressons-nous vite, vite avançons !

 

Traduit de l’anglais par Jacques Darras

In, Walt Whitman :“ Feuilles d’herbes"

Editions Gallimard (Poésie), 2002

Du même auteur :

 Descendance d’Adam / Children of Adam (27/01/2015)

Chanson de moi-même / Song of myself (25/01/2017)

Drossé au sable / Sea - drift (28/07/2017)

 

Envoi / Inscriptions (28/01/2019)

 

 

Starting from Paumanok

 

1

 

Sstarting from fish-shape Paumanok where I was born,

Well-begotten, and rais'd by a perfect mother,

After roaming many lands, lover of populous pavements,

Dweller in Mannahatta my city, or on southern savannas,

Or a soldier camp'd or carrying my knapsack and gun, or a miner in California,

Or rude in my home in Dakota's woods, my diet meat, my drink from the spring,

Or withdrawn to muse and meditate in some deep recess,

Far from the clank of crowds intervals passing rapt and happy,

Aware of the fresh free giver the flowing Missouri, aware of mighty Niagara,

Aware of the buffalo herds grazing the plains, the hirsute and strong-breasted bull,

Of earth, rocks, Fifth-month flowers experienced, stars, rain, snow,my amaze,

Having studied the mocking-bird's tones and the flight of the mountain-hawk,

And heard at dawn the unrivall'd one, the hermit thrush from the swamp-cedars,

Solitary, singing in the West, I strike up for a New World.

 

2

 

Victory, union, faith, identity, time,

The indissoluble compacts, riches, mystery,

Eternal progress, the kosmos, and the modern reports.

 

This then is life,

Here is what has come to the surface after so many throes and convulsions.

 

How curious! how real!

Underfoot the divine soil, overhead the sun.

 

See revolving the globe,

The ancestor-continents away group'd together,

The present and future continents north and south, with the isthmus between.

 

See, vast trackless spaces,

As in a dream they change, they swiftly fill,

Countless masses debouch upon them,

They are now cover'd with the foremost people, arts, institutions, known.

 

See, projected through time,

For me an audience interminable.

 

With firm and regular step they wend, they never stop,

Successions of men, Americanos, a hundred millions,

One generation playing its part and passing on,

Another generation playing its part and passing on in its turn,

With faces turn'd sideways or backward towards me to listen,

With eyes retrospective towards me.

 

3

 

Americanos! conquerors! marches humanitarian!

Foremost! century marches! Libertad! masses!

For you a programme of chants.

 

Chants of the prairies,

Chants of the long-running Mississippi, and down to the Mexican sea,

Chants of Ohio, Indiana, Illinois, Iowa, Wisconsin and Minnesota,

Chants going forth from the centre from Kansas, and thence equidistant,

Shooting in pulses of fire ceaseless to vivify all.

 

4

 

Take my leaves America, take them South and take them North,

Make welcome for them everywhere, for they are your own offspring,

Surround them East and West, for they would surround you,

And you precedents, connect lovingly with them, for they connect lovingly

     with you.

 

I conn'd old times,

I sat studying at the feet of the great masters,

Now if eligible O that the great masters might return and study me.

 

In the name of these States shall I scorn the antique?

Why these are the children of the antique to justify it.

 

5

 

Dead poets, philosophs, priests,

Martyrs, artists, inventors, governments long since,

Language-shapers on other shores,

Nations once powerful, now reduced, withdrawn, or desolate,

I dare not proceed till I respectfully credit what you have left  wafted hither,

I have perused it, own it is admirable, (moving awhile among it,)

Think nothing can ever be greater, nothing can ever deserve more than it

     deserves,

Regarding it all intently a long while, then dismissing it,

I stand in my place with my own day here.

 

Here lands female and male,

Here the heir-ship and heiress-ship of the world, here the flame of materials,

Here spirituality the translatress, the openly-avow'd,

The ever-tending, the finalè of visible forms,

The satisfier, after due long-waiting now advancing,

Yes here comes my mistress the soul.

 

6

 

The soul,

Forever and forever—longer than soil is brown and solid—longer than water

     ebbs and flows.

 

I will make the poems of materials, for I think they are to be the most spiritual

     poems,

And I will make the poems of my body and of mortality,

For I think I shall then supply myself with the poems of my soul and of

     immortality.

 

I will make a song for these States that no one State may under any circumstances

     be subjected to another State,

And I will make a song that there shall be comity by day and by night between all

     the States, and between any two of them,

And I will make a song for the ears of the President, full of weapons with menacing

     points,

And behind the weapons countless dissatisfied faces;

And a song make I of the One form'd out of all,

The fang'd and glittering One whose head is over all,

Resolute warlike One including and over all,

(However high the head of any else that head is over all.)

 

I will acknowledge contemporary lands,

I will trail the whole geography of the globe and salute courteously every city

     large and small,

And employments! I will put in my poems that with you is heroism upon land

     and sea,

And I will report all heroism from an American point of view.

 

I will sing the song of companionship,

I will show what alone must finally compact these,

I believe these are to found their own ideal of manly love, indicating it in me,

I will therefore let flame from me the burning fires that werethreatening to

     consume me,

I will lift what has too long kept down those smouldering fires,

I will give them complete abandonment,

I will write the evangel-poem of comrades and of love,

For who but I should understand love with all its sorrow and joy?

And who but I should be the poet of comrades?

 

7

 

I am the credulous man of qualities, ages, races,

I advance from the people in their own spirit,

Here is what sings unrestricted faith.

 

Omnes! omnes! let others ignore what they may,

I make the poem of evil also, I commemorate that part also,

I am myself just as much evil as good, and my nation is—and I say there is

     in fact no evil,

(Or if there is I say it is just as important to you, to the land orto me, as any

     thing else.)

 

I too, following many and follow'd by many, inaugurate a religion, I descend

     into the arena,

(It may be I am destin'd to utter the loudest cries there, the winner's pealing shouts,

Who knows? they may rise from me yet, and soar above every thing.)

 

Each is not for its own sake,

I say the whole earth and all the stars in the sky are for religion's sake.

 

I say no man has ever yet been half devout enough,

None has ever yet adored or worship'd half enough,

None has begun to think how divine he himself is, and how certain the future is.

 

I say that the real and permanent grandeur of these States must be their religion,

Otherwise there is no real and permanent grandeur;

(Nor character nor life worthy the name without religion,

Nor land nor man or woman without religion.)

 

8

 

What are you doing young man?

Are you so earnest, so given up to literature, science, art, amours?

These ostensible realities, politics, points?

Your ambition or business whatever it may be?

 

It is well—against such I say not a word, I am their poet also,

But behold! such swiftly subside, burnt up for religion's sake,

For not all matter is fuel to heat, impalpable flame, the essential life of the earth,

Any more than such are to religion.

 

9

 

What do you seek so pensive and silent?

What do you need camerado?

Dear son do you think it is love?

 

Listen dear son—listen America, daughter or son,

It is a painful thing to love a man or woman to excess, and yet it satisfies, it

     is great,

But there is something else very great, it makes the whole coincide,

It, magnificent, beyond materials, with continuous hands sweeps and provides

     for all.

 

10

 

Know you, solely to drop in the earth the germs of a greater religion,

The following chants each for its kind I sing.

 

My comrade!

For you to share with me two greatnesses, and a third one rising inclusive and

     more resplendent,

The greatness of Love and Democracy, and the greatness of Religion.

 

Melange mine own, the unseen and the seen,

Mysterious ocean where the streams empty,

Prophetic spirit of materials shifting and flickering around me,

Living beings, identities now doubtless near us in the air that we know not of,

Contact daily and hourly that will not release me,

These selecting, these in hints demanded of me.

 

Not he with a daily kiss onward from childhood kissing me,

Has winded and twisted around me that which holds me to him,

Any more than I am held to the heavens and all the spiritual world,

After what they have done to me, suggesting themes.

 

O such themes—equalities! O divine average!

Warblings under the sun, usher'd as now, or at noon, or seting,

Strains musical flowing through ages, now reaching hither,

I take to your reckless and composite chords, add to them, and cheerfully pass

     them forward.

 

11

 

As I have walk'd in Alabama my morning walk,

I have seen where the she-bird the mocking-bird sat on her nest in the briers

     hatching her brood.

 

I have seen the he-bird also,

I have paus'd to hear him near at hand inflating his throat and joyfully singing.

 

And while I paus'd it came to me that what he really sang for was not there only,

Nor for his mate nor himself only, nor all sent back by the echoes,

But subtle, clandestine, away beyond,

A charge transmitted and gift occult for those being born.

 

12

 

Democracy! near at hand to you a throat is now inflating itself and joyfully singing.

 

Ma femme! for the brood beyond us and of us,

For those who belong here and those to come,

I exultant to be ready for them will now shake out carols stronger and haughtier

     than have ever yet been heard upon earth.

 

I will make the songs of passion to give them their way,

And your songs outlaw'd offenders, for I scan you with kindred eyes, and carry

     you with me the same as any.

 

I will make the true poem of riches,

To earn for the body and the mind whatever adheres and goes forward and is not

     dropt by death;

I will effuse egotism and show it underlying all, and I will be the bard of personality,

And I will show of male and female that either is but the equal of the other,

And sexual organs and acts! do you concentrate in me, for I am determin'd to tell

     you with courageous clear voice to prove you illustrious,

And I will show that there is no imperfection in the present, and can be none in the

      future,

And I will show that whatever happens to anybody it may be turn'd to beautiful results,

And I will show that nothing can happen more beautiful than death,

And I will thread a thread through my poems that time and events are compact,

And that all the things of the universe are perfect miracles, each as profound as any.

 

I will not make poems with reference to parts,

But I will make poems, songs, thoughts, with reference to ensemble,

And I will not sing with reference to a day, but with reference to all days,

And I will not make a poem nor the least part of a poem but has reference to the soul,

Because having look'd at the objects of the universe, I find there is no one nor any

     particle of one but has reference to the soul.

 

13

 

Was somebody asking to see the soul?

See, your own shape and countenance, persons, substances, beasts,the trees, the running

     rivers, the rocks and sands.

 

All hold spiritual joys and afterwards loosen them;

How can the real body ever die and be buried?

 

Of your real body and any man's or woman's real body,

Item for item it will elude the hands of the corpse-cleaners and pass to fitting spheres,

Carrying what has accrued to it from the moment of birth to the moment of death.

 

Not the types set up by the printer return their impression, the meaning, the main

     concern,

Any more than a man's substance and life or a woman's substance and life return in

     the body and the soul,

Indifferently before death and after death.

 

Behold, the body includes and is the meaning, the main concern, and includes and is

     the soul;

Whoever you are, how superb and how divine is your body, or any part of it!

 

14

 

Whoever you are, to you endless announcements!

 

Daughter of the lands did you wait for your poet ?

Did you wait for one with a flowing mouth and indicative hand?

Toward the male of the States, and toward the female of the States,

Exulting words, words to Democracy's lands.

 

Interlink'd, food-yielding lands!

Land of coal and iron! land of gold! land of cotton, sugar, rice!

Land of wheat, beef, pork! land of wool and hemp! land of the apple and

     the grape!

Land of the pastoral plains, the grass-fields of the world! land of those

     sweet-air'd interminable plateaus!

Land of the herd, the garden, the healthy house of adobie!

Lands where the north-west Columbia winds, and where the south-west

     Colorado winds!

Land of the eastern Chesapeake! land of the Delaware!

Land of Ontario, Erie, Huron, Michigan!

Land of the Old Thirteen! Massachusetts land! land of Vermont and

     Connecticut!

Land of the ocean shores! land of sierras and peaks!

Land of boatmen and sailors! fishermen's land!

Inextricable lands! the clutch'd together! the passionate ones!

The side by side! the elder and younger brothers! the bonylimb'd!

The great women's land! the feminine! the experienced sisters and the

     inexperienced sisters!

Far breath'd land! Arctic braced! Mexican breez'd! the diverse! the compact!

The Pennsylvanian! the Virginian! the double Carolinian!

O all and each well-loved by me! my intrepid nations! O I at any rate include

     you all with perfect love!

I cannot be discharged from you! not from one any sooner than another!

O death! O for all that, I am yet of you unseen this hour with irrepressible love,

Walking New England, a friend, a traveler,

Splashing my bare feet in the edge of the summer ripples on Paumanok's sands,

Crossing the prairies, dwelling again in Chicago, dwelling in every town,

Observing shows, births, improvements, structures, arts,

Listening to orators and oratresses in public halls,

Of and through the States as during life, each man and woman my neighbor,

The Louisianian, the Georgian, as near to me, and I as near to him and her,

The Mississippian and Arkansian yet with me, and I yet with any of them,

Yet upon the plains west of the spinal river, yet in my house of adobie,

Yet returning eastward, yet in the Seaside State or in Maryland,

Yet Kanadian cheerily braving the winter, the snow and ice welcome to me,

Yet a true son either of Maine or of the Granite State, or the Narragansett Bay

     State, or the Empire State,

Yet sailing to other shores to annex the same, yet welcoming every new brother,

Hereby applying these leaves to the new ones from the hour they unite with the

     old ones,

Coming among the new ones myself to be their companion and equal, coming

     personally to you now,

Enjoining you to acts, characters, spectacles, with me.

 

15

 

With me with firm holding, yet haste, haste on.

 

For your life adhere to me,

(I may have to be persuaded many times before I consent to givemyself really to

     you, but what of that?

Must not Nature be persuaded many times?)

 

No dainty dolce affettuoso I,

Bearded, sun-burnt, gray-neck'd, forbidding, I have arrived,

To be wrestled with as I pass for the solid prizes of the universe,

For such I afford whoever can persevere to win them.

 

16

 

On my way a moment I pause,

Here for you! and here for America!

Still the present I raise aloft, still the future of the States I harbinge glad and

     sublime,

And for the past I pronounce what the air holds of the red aborigines.

 

The red aborigines,

Leaving natural breaths, sounds of rain and winds, calls as of birds and animals

     in the woods, syllabled to us for names,

Okonee, Koosa, Ottawa, Monongahela, Sauk, Natchez, Chattahoochee, Kaqueta,

     Oronoco,

Wabash, Miami, Saginaw, Chippewa, Oshkosh, Walla-Walla,

Leaving such to the States they melt, they depart, charging the water and the land

     with names.

 

17

 

Expanding and swift, henceforth,

Elements, breeds, adjustments, turbulent, quick and audacious,

A world primal again, vistas of glory incessant and branching,

A new race dominating previous ones and grander far, with new contests,

New politics, new literatures and religions, new inventions and arts.

 

These, my voice announcing—I will sleep no more but arise,

You oceans that have been calm within me! how I feel you, fathomless,

     stirring, preparing unprecedented waves and storms.

 

18

 

See, steamers steaming through my poems,

See, in my poems immigrants continually coming and landing,

See, in arriere, the wigwam, the trail, the hunter's hut, the flat-boat,


the maize-leaf, the claim, the rude fence, and the backwoods village,

See, on the one side the Western Sea and on the other the Eastern 


See, how they advance and retreat upon my poems as upon their own

     shores,

See, pastures and forests in my poems—see, animals wild and tame—see,

     beyond the Kaw, countless herds of buffalo feeding on short curly grass,

See, in my poems, cities, solid, vast, inland, with paved streets, with iron and

     stone edifices, ceaseless vehicles, and commerce,

See, the many-cylinder'd steam printing-press—see, the electric telegraph

     stretching across the continent,

See, through Atlantica's depths pulses American Europe reaching, pulses of

     Europe  duly return'd,

See, the strong and quick locomotive as it departs, panting, blowing the

     steam-whistle,

See, ploughmen ploughing farms—see, miners digging mines—see, the

     numberless factories,

See, mechanics busy at their benches with tools—see from among them

     superior judges, philosophs, Presidents, emerge, drest in working dresses,

See, lounging through the shops and fields of the States, me wellbelov'd,

     close-held by day and night,

Hear the loud echoes of my songs there—read the hints come at last.

 

19

 

O camerado close! O you and me at last, and us two only.

O a word to clear one's path ahead endlessly!

O something ecstatic and undemonstrable! O music wild!

O now I triumph—and you shall also;

O hand in hand—O wholesome pleasure—O one more desirer 
and lover!

O to haste firm holding—to haste, haste on with me.

 

Leaves of Grass

David Mc Kay,Publisher, Philadelphia, 1891–92

Poème précédent en anglais :

Dylan Thomas« Surtout quand le vent d’octobre… » / Especially when the October wind…” (30/12/2017)

Poème suivant en anglais :

James Joyce : Poèmes d’Api /Pomes Penyeach (26/03/2018)