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La lanterne sourde

A Aimé Césaire, Georges Gratiant, René Ménil.

 

 

     Et les grandes orgues c'est la pluie comme elle tombe ici et se parfume : quelle

gare pour l'arrivée en tous sens sur mille rails, pour la manœuvre sur autant de

plaques tournantes de ses express de verre ! A toute heure elle charge de ses

lances blanches et noires, des cuirasses volant en éclats de midi à ces armures

anciennes faites des étoiles que je n'avais pas encore vues. Le grand jour de

préparatifs qui peut précéder la nuit de Walpurgis au gouffre d'Absalon! J'y suis!

Pour peu que la  lumière se voile, toute l'eau du ciel pique aussitôt sa tente, d'où

pendent les agrès  de vertige et de l'eau encore s'égoutte à l'accorder des hauts

instruments de cuivre vert. La pluie pose ses verres de lampe autour des bambous,

aux bobèches de ces fleurs de vermeil agrippées aux branches par des suçoirs,

autour desquelles il n'y a qu'une minute toutes les figures de la danse enseignées

par deux papillons de sang. Alors tout se déploie au fond du bol à la façon des

fleurs japonaises, puis une clairière s'entrouvre : l'héliotropisme y saute avec ses

souliers à poulaine et ses ongles vrillés. Il prend tous les coeurs, relève d'une

aigrette la sensitive et pâme la fougère dont la bouche ardente est la roue du

temps. Mon œil est une violette fermée au centre de l'ellipse, à la pointe du fouet.

 

Martinique, charmeuse de serpents

Editions du Sagittaire, 11948

Du même auteur :

Union libre 17/(01/2014)

Ode à Charles Fourier (23/01/2015)

Plutôt la vie (23/01/2016) :

Les écrits s’en vont (23/01/2017)

« On me dit que là-bas... » (23/01/2019)