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Quelle mordante lime

Amenuise toujours ta carcasse épuisée,

Mon âme infirme ? Quand la pourras-tu quitter,

Ce voile périlleux et mortel déposé,

Pour retourner au ciel où tu fus tout d’abord,

Radieuse et heureuse ?

Bien que je change de pelage

En ces brèves années dernières,

Je ne puis rien changer à mes vieilles manières,

De jour en jour plus contraignantes, plus pressantes.

Amour, je ne te cache pas

Que je porte envie aux défunts,

Plein de confusion et d’effroi

Car mon âme, pour elle-même, tremble et craint.

Tends-moi, seigneur, à l’heure ultime,

Tes bras miséricordieux :

Qu’à moi-même arraché, je complaise à tes yeux.

 

Traduit de l’italien par Pierre Leyris

In « Anthologie bilingue de la poésie italienne »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1994

Du même auteur :

« A travailler tordu… » « I’ ho già fatto un gozzo… » (14/01/2016)

« Avec ce coeur de soufre… » / « Al cor di zolfo… » (14/01/2017)

 

Per qual mordace lima

Discresce e manca ognor tuo stanca spoglia,

Anima inferma? or quando fie ti scioglia

Da quella il tempo, e torni ov’eri, in cielo,

Candida e lieta prima,

Deposto il periglioso e mortal velo?

C’ancor ch’i’ cangi ’l pelo

Per gli ultim’anni e corti,

Cangiar non posso il vecchio mie antico uso,

Che con più giorni più mi sforza e preme.

Amore, a te nol celo,

Ch’i’ porto invidia a’ morti,

Sbigottito e confuso,

Sì di sé meco l’alma trema e teme.

Signor, nell’ore streme,

Stendi ver’ me le tuo pietose braccia,

 

Poème précédent en italien :

Giacomo Leopardi: L’Infini / L’Infinito (20/12/2017)

Poème suivant en italien :

Cesare Pavese: La mort viendra et elle aura tes yeux / Verrà la morte e avrà i tuoi occhi (18/04/2018)