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Surtout quand le vent d’octobre

Avec ses doigts de givre flagelle mes cheveux,

Pris aux griffes du soleil je marche sur le feu

Et jette sur la terre la griffe de mon ombre,

Par le bord de mer, j’entends bruire les oiseaux,

Et tousser le corbeau dans les ramées d’hiver,

Mon cœur palpitant qui frissonne à ses paroles

Epanche le sang des syllabes et draine ce qu’elle dit.

 

Emmuré moi aussi dans une tour de mots, je trace

Sur l’horizon qui marche comme les arbres

Les profils verbeux de femmes et dans le parc

Les files d’enfants aux gestes étoilés.

Et ceux-là veulent que je vous fasse avec les voyelles des hêtres,

Et ceux-là, avec les voix de chênes ; et des gloses

Sur vous avec les racines de maintes provinces épineuses

Et ceux-là veulent que je vous crée, avec les paroles de l’eau.

 

Derrière un pot de fougère l’horloge qui balance

Me dit le verbe de l’heure, le sens neural

Volette sur le disque irradié, déclame le matin

Et dit les vents à la girouette.

Et ceux-là veulent que je vous fasse avec les signes des prés ;

L’herbe insigne qui me dit tout ce que je sais

Eclate avec l’hiver véreux au travers de l’œil

Et ceux-là veulent que je vous conte les péchés du corbeau.

 

Surtout quand le vent d’octobre

(Ceux-là veulent que je vous fasse avec des sortilèges d’automne,

A langues d’araignées et de tonnantes pentes galloises)

Flagelle les terrains avec des poings de rave ;

Et ceux-là veulent que je vous crée avec les mots sans cœur.

Le cœur s’égoutte, lui qui épelle dans le galop

Du sang chimique, ce qui sentait en lui gronder l’orage.

Par le bord de la mer, écoute les noires voyelles des oiseaux.

 

Traduit de l’anglais par Jean Simon,

In, « Anthologie bilingue de la poésie anglaise »

Editions Gallimard, (La Pléiade), 2005

Du même auteur :

La lumière point là où le soleil ne brille pas (04/02/2015)

La colline aux fougères / Fern Hill (22/03/2016)

De son anniversaire / On his birhtday (30/12/2018)

 

 

Especially when the October wind

With frosty fingers punishes my hair,

Caught by the crabbing sun I walk on fire

And cast a shadow crab upon the land,

By the sea's side, hearing the noise of birds,

Hearing the raven cough in winter sticks,

My busy heart who shudders as she talks

Sheds the syllabic blood and drains her words.

Shut, too, in a tower of words, I mark

On the horizon walking like the trees

The wordy shapes of women, and the rows

Of the star-gestured children in the park.

Some let me make you of the vowelled beeches,

Some of the oaken voices, from the roots

Of many a thorny shire tell you notes,

Some let me make you of the water's speeches.

 

Behind a pot of ferns the wagging clock

Tells me the hour's word, the neural meaning

Flies on the shafted disk, declaims the morning

And tells the windy weather in the cock.

Some let me make you of the meadow's signs;

The signal grass that tells me all I know

Breaks with the wormy winter through the eye.

Some let me tell you of the raven's sins.

Especially when the October wind

(Some let me make you of autumnal spells,

The spider-tongued, and the loud hill of Wales)

With fists of turnips punishes the land,

Some let me make you of the heartless words.

The heart is drained that, spelling in the scurry

Of chemic blood, warned of the coming fury.

By the sea's side hear the dark-vowelled birds.

 

 

In, Magazine “The Listener, 24 October 1934”

London, 1934

 

Poème précédent en anglais :

John Ashbery :  Pyrogravure / Pyrography (24/11/2017)

Poème suivant en anglais:

Walt Whitman  : Départ pour Paumanok / Starting from Paumanok (28/01/2017)