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Partage des eaux

 

Les vallées prennent corps, affrontées

et prennent eau à même la pierre

amarrées au portail et à l’auvent

liées aux arches, tendues

sur les lignes jetées de plein cintre

aidées par l’assise, arquées

sur les piliers sans mesure

et la mauvaise cassure dans la pente

- mais l’effort du sol rejette

la longue moulure levée en initiale

et le clavier lacunaire des contreforts

dans des langues différentes. Des voix

se tendent différemment dans la chair

entre la gorge et la bouche, et là

où lève le lait vivant, la saison

que l’homme soulève dans la femme

dans la rentrée de fougères et dans le soir

au fond du chemin, derrière

la carrière de chaux, l’odeur de laine

 

L’eau entraîne les graviers

vers la sécheresse, les voix

prennent forme autour de l’eau égale

ou de la paume du plateau

- là où le fer entre

dans les poings et les ventres. Ici la face du sol modèle

nos visages, et leur donne et leur tient parole

 

Fleuve renversé

G.L.M. éditeur, 1959

Du même auteur :

« Le chemin noir vers l’eau retrouvée… » (14/12/2015)

« Le visage qui va… » (14/12/2016)

Droit de suite. I (14/12/2018)

« Un peuple s’étend... » (14/12/2019)