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Où sont les appels de la lumière Où les flammes

lisses de jour d‘été dans son habit d’eau courante

Et les marchés au village le vendredi parmi les rires

les marronniers étendus à l’aise dans l’or noir du

théâtre lorsque se levait narquoise la toile peinte

c’était l’aube encore et elle la servante haussait

sa nudité à la fenêtre espérant un regard un

oiseau de chair comme l’enfant qui voit son sexe

se gonfler lorsque le lave la servante aux doigts

bleus L’orchestre n’en finissait pas de crisser de

geindre de peigner le pubis gonflé de suc hissé au ciel

de la belle journée Puis glissant la jupe navire

aux lourdes voiles emporté aux lisières du monde

reconnu

 

Si nous pouvions de tout ceci nous souvenir Jeter

à la face oublieuse rien que ce sein d’ombre à la fenêtre

un matin d’août

 

Le chant murmurait à la margelle du jour clair

La phrase était soleil rompu brisé une proie si

candide que la servante nue la berçait l’enlaçait

ses cuisses tremblaient malgré le chaud l’éclair

enlaçaient tous ces mots égarés et voici que sa bouche

murmure C’est une photographie passée ternie

et le flou du poème

 

Les autres brandissaient des épées Ils étaient vieux

avec des gestes ambigus Ils rampaient dans l’herbe

hurlaient tels les loups devant les portes closes Ils

baissaient les yeux Refusaient la nudité de la fille

là-haut dans son voyage solitaire à la fenêtre une

sainte un peu inclinée sur la gauche avec le ventre

bouclier ouvert sur une bouche hurlante de suint

L’odeur épaisse des chevaux sur la place du village

cela faisait une nuée rousse où s’étoilait l’appel

des lumières portées par le vent de mer chassées par

les fouets du temps

Les mots se rompaient Il ne restait rien

qu’une ébauche oubliée une peinture salie

La servant très vieille maintenant s’enfonce

dans le Sud si bas qu’on ne l’entend plus gémir

 

Les Guerriers du Chalco

Editions Belfond, 1976

Du même auteur :

L’Aube brève (03/07/2015) 

V.H. (03/07/2016)