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Pourquoi écrire

 

Écrire. Écrire pour obéir au besoin que j'en ai.

 

Écrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.

 

Écrire pour ne plus avoir peur.

 

Écrire pour ne pas vivre dans l'ignorance.

 

Écrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé

     mon enfance.

 

Écrire pour me parcourir, me découvrir. Me révéler à moi-même.

 

Écrire pour déraciner la haine de soi. Apprendre à m'aimer.

 

Écrire pour surmonter mes inhibitions, me dégager de mes entraves.

 

Écrire pour déterrer ma voix.

 

Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m'unifier.

 

Écrire pour épurer mon oeil de ce qui conditionnait sa vision.

 

Écrire pour conquérir ce qui m'a été donné.

 

Écrire pour susciter cette mutation qui me fera naître une seconde fois.

 

Écrire pour devenir toujours plus conscient de ce que je suis, de ce que

     je vis.

 

Écrire pour tenter de voir plus loin que mon regard ne porte.

 

Écrire pour m'employer à devenir meilleur que je ne suis.

 

Écrire pour faire droit à l'instance morale qui m'habite.

 

Écrire pour retrouver - par delà la lucidité conquise - une naïveté, une

     spontanéité, une transparence.

 

Écrire pour affiner et aiguiser mes perceptions.

 

Écrire pour savourer ce qui m'est offert. Pour tirer le suc de ce que je vis.

 

Écrire pour agrandir mon espace intérieur. M'y mouvoir avec toujours plus

     de liberté.

 

Écrire pour produire la lumière dont j'ai besoin.

 

Écrire pour m'inventer, me créer, me faire exister.

 

Écrire pour soustraire des instants de vie à l'érosion du temps.

 

Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque

     instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

 

Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu'elle ne demeure comme une

     terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d'une société malade.

Écrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les

     mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront

     peut-être lance de le révéler à lui-même. De l'aider à se connaître et à cheminer.

Écrire pour mieux vivre. Mieux participer à la vie. Apprendre à mieux aimer.

Écrire pour que me soient donnés ces instants de félicité où le temps se fracture,

     et où, enfoui dans la source, j'accède à la l'intemporel, l'impérissable, le

     sans-limite.

 

in, « Il fait un temps de poèmes. Textes présentés et rassemblés par Yvon Le Men »

Filigranes Editions, 22140 Trézélan

Du même auteur : « cela /comment le nommer » (03/03/2015)