William_20Cliff_20Ecrivain_1_

 

je croyais que la vie s’était arrêtée

que plus jamais on en reverrait le soleil

ni les arbres fleurir et pousser des feuilles

ni le ciel montrer qu’il peut parfois être bleu

 

je croyais qu’on était entré dans une cave

quelque part très loin avec dans l’âme de ne

plus se soucier que les habits soient déchirés

qu’il faille patauger avec d’affreuses pompes

dans de la noire boue que depuis quatre jours

on ne soit plus rasé ni lavé et que

le linge de corps fasse honte tant il pue

 

dire qu’il y a des gens qui passent leur vie

toute leur vie dans cet état comme cet homme

sa chemise son paletot ses souliers on

dirait qu’il y a un siècle qu’il dort avec

les yeux écarquillés il se dresse au milieu

de la rue comme pour supplier qu’on l’écrase

à condition toutefois qu’une autre vie

lui soit rendue et qu’il puisse recommencer

le jeu avec en main des cartes différentes

ou qu’on le couche enfin au flanc de la montagne

avec ceux qui dorment déjà et dont le corps

pourri est  piétiné par le jeu des enfants 

 

oui le soleil peut parfois montrer qu’il est là

la mer souriante nous dire un gai bonjour

les branches faire de leurs doigts de gracieux signes et

les pigeons roucouler en marchant sur les tuiles

 

En Orient

Editions Gallimard, 1986

Du même auteur :

Fellations (14/03/2015)

Trajet Namur- Charleville (13/03/2016)