Claude Vaillant poète, rue de Brocéliande

 

Frontière

Pour Lucette

et Gilles FOURNEL

 

1

Où veut le vent

mener sa cécité :

le vent la mène ;

 

et sa voix rauque

- à travers rocs

et ronces –

 

interpelle

au hasard

et se rie

 

des réponses

et des plaintes de l’eau

qu’il lacère en hurlant.

 

2

Mais l’homme au vent

n’est pas voué :

il se gouverne.

 

Il connait sa lumière

au tranchant

de la nuit.

 

Il sait son jus

à la coupu-

re de son fruit.

 

Au manège

de la lanterne,

il sait l’écueil.

 

3

A la frontière du tourment,

je tends les mains…

Demain

 

- regénéré -

je jaillirai

de mon aurore.

 

Demain

j’irriguerai

ma face aride

 

où mord

le vent qui crucifie

la croisée des chemins.

 

4

Et déjà

la nuit craque

et les ombres

 

se fendent.

Bientôt je blottirai

le soleil dans mes paumes,

 

pour éclairer la force

et le défi

d’un homme

 

qui pénètre

vivant

dans sa propre légende.

 

5

La claire

et vigilante Eternité

suspend

 

la lampe qui s’allume

sur l’arbre

de l’orage ;

 

et révèle

au guetteur

la ligne de partage

 

 

 

où son salut

dépend

de son consentement.

 

6

L’heure

se fait

juteuse

 

et le temps

se dérobe…

Voici l’instant parfait,

 

le jour qui se déplie.

Dans la maturité

de sa grâce accomplie,

 

l’Eternité

m’invite

- et retire sa robe.

 

dans l’incendie tout a brûlé

Editions Autres Rives, 35000Rennes, 1984   

Du même auteur :

Métamorphoses (22/11/2016)

« Pour aller plus avant ... » (22/11/2018)