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Lecture

 

I

     Oui, j’ai lu la Forêt, étage après étage. 

 

     Je me suis ancré dans le nœud de ses racines, dans l’aubier de son aubier,

dans le parfum de son parfum.

 

     Avec les yeux du lynx, l’ivresse de la grive, je l’ai feuilletée, saisons après

saisons. Rugueux en sont les mots comme l’écorce. Mais frais, encore de

feuillages arrachés à l’enfance.

 

     Toujours derrière ma lecture, ce frissonnement léger, affirmation de feuille !

 

II

     Ma Forêt, sur la page blanche, la parenthèse verte ! 

 

     Entre les guillemets des saisons, sa phrase lovée comme un serpent. Sa

majuscule qui s’enferre dans le point final. Toutes ses propositions si familières.

Gland miellé offert aux lèvres. Branches nidifiées d’où l’oiseau s’échappe. Insecte

sous l’écorce, comme une promesse d’envol.

 

     Ma Forêt, parenthèse faite de milles renaissances.

 

III

     Cet alphabet d’eau et de lumière !

 

     Avec ses lettres riches en sucs, en nœuds, en ramures. Ses lettres qui forment

touffes, qui s’étendent. Toutes les lettres que la Forêt ne cesse d’agiter, hors du

temps.

 

     Cet alphabet du premier jour,

     à l’intention de ceux qui connaissent. 

 

Saisons qui portez tout

Librairie Saint-Germain-des-prés, éditeur, 1974

Du même auteur :

« Quelques fumerolles couleur de feu… » (20/11/2015)

Que vienne la parole (20/11/2016)