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  Ecrire, c’est cà !

     C’est d’abord découvrir qu’on a, en nous, ce trou d’mort à langues

trouées où s’entassent, pêle-mêle, ces langues de tiraillous du Tchad ou

de cajuns des bahous, cousins des ex-bat. d’Af., eux-mêmes matassins

négropolitains des rastas de squatts, matachés de oualongadoudoux,

comme chez nous, à Gembloux !

     C’est comprendre et aimer çà quitte à avoir l’air d’avoir trop soufflé

dans l’encrier du nec sous-ultra !- et, dans le même-temps, c’est accomplir,

ce geste insensé, de noria dans le nada ! C’est accomplir l’inlassable monotonie

résistante de cet acte fou !

     C’est faire et aligner des bâtons !

     C’est en baver des chuintés et en chier des mous ! C’est chier dans ce

trou ! C’est devenir, soi-même, un bâton ! Être le bâton cochon de ce corps

– mal fait, mal conçu, mal planté et mal baisé ! – qu’on nous a cochonné !

C’est tenter, jour après jour, d’en esquisser le contour et d’en déboucher

le brouillon ! Tenter d’actionner – avec une folle envie concomitante de tout

bousiller ! – cette saloperie de colonne à pression qui nous sert de prothèses à

langues ! C’est tenter de l’amocher ! De l’écrabousiller ou d’en boucher le daleau !

De la bourrer ou mâchurer de mots ! De la barbouiller de bamboula ! De la

peinturlurer, aux couleurs très peu françaises, de ce qui en sourd ou s’y tait,

dans l’hystérie crispée d’une motilité sans nom !

     C’est tâcher de mettre des noms là-dessus !

     Tâcher de dénouer ce rébus et de désigner cet os,

     par où

     et par quoi,

     on l’a dans l’os !

 

Artaud Rimbur

Editions de la différence, 1990

Du même auteur :

Monsieur Panurge (23/10/2014)  

Poème avec hareng – gros – gros – cros (23/10/2015)