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Prologue

 

 

Borborygmes ! Borborygmes !...

Grognements sourds de l'estomac et des entrailles,

Plaintes de la chair sans cesse modifiée,

Voix, chuchotements irrépressibles des organes,

Voix, la seule voix humaine qui ne mente pas,

Et qui persiste même quelque temps après la mort physiologique...

 

Amie, bien souvent nous nous sommes interrompus dans nos caresses

Pour écouter cette chanson de nous-même ;

Qu'elle en disait long, parfois,

Tandis que nous nous efforcions de ne pas rire !

Cela montait du fond de nous,

Ridicule et impérieux,

Plus haut que tous nos serments d'amour

Plus inattendu, plus irrémissible, plus sérieux -

Oh l'inévitable chanson de l'oesophage !...

Gloussement étouffé, bruit de carafe que l'on vide,

Phrase très longuement, infiniment modulée ;

Voilà pourtant la chose incompréhensible

Que je ne pourrais jamais nier

Voilà pourtant la dernière phrase que je dirai

Quand, tiède encore, je serai un pauvre mort « qui se vide ! »

Borborygmes ! Borborygmes !...

Y'en a-t-il aussi dans les organes de la pensée,

Qu'on n'entend pas, à travers l'épaisseur de la boîte crânienne ?

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A. O. Barnabooth. Ses œuvres complètes

Editions de la Nouvelle Revue Française, 1913

Du même auteur :

Carpe diem… (30/07/2015)

Thalassa (22/10/2016)