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Armor

 

Pour me conduire au Raz, j'avais pris à Trogor 

Un berger chevelu comme un ancien Evhage ; 

Et nous foulions, humant son arôme sauvage, 

L'âpre terre kymrique où croît le genêt d'or.

 

 

Le couchant rougissait et nous marchions encor, 

Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ; 

Et l'homme, par-delà le morne paysage 

Étendant un long bras, me dit : Sell euz ar-mor (1) !

 

 

Et je vis, me dressant sur la bruyère rose, 

L'Océan qui, splendide et monstrueux, arrose 

Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir ;

 

 

Et mon coeur savoura, devant l'horizon vide 

Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir, 

L'ivresse de l'espace et du vent intrépide.

 

(1) "Regarde,  la mer!" en breton

 

Les Trophées,

P. Lemerre éditeur,1893

Du même auteur :

Les conquérants (13/05/2014)

Maris stella (13/05/2015)

La sieste (22/08/2016)