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L’énigme gère tes pas

 

 

Fuite des prés

Devant le soir

Le soleil est une barre jaune

Les graminées d’automne se penchent sous le vent

C’est l’heure où le passant fait ses comptes

Ni royaume ni certitude

D’autre tissu que d’air et de chemins perdus

De pensée en va-et-vient comme l’inquiet oiseau du regret

De pistes brûlantes et vaines

Cendre du soir

 

Quel signe suivre

L’entrelac des paroles disperse

Sait-il faire silence

Au vent du crâne passent trop de huées

La caverne du cœur résonne de trop de colère

Appels coups sursauts ressac

La hache du temps a taillé dans l’aubier de l’âme

La lame a fendu l’arbre de sel et de sang

La racine a tremblé comme un paysage de neige

 

Sous la montagne à crête de larmes

Ecoute

Rien n’est sûr l’énigme gère tes pas

Le safran du soir s’emplit de flûtes de crapauds

Assemblées d’autres errants moqueurs

A ton passage

La lune sort du champ de maïs

Elle aussi regarde ta figure de momie

Tu fais halte au soir éteint

Dans des cahutes de ruines blanches

Le délabrement est la loi

Tu t’égares dans des carrières désaffectées où règne la rouille

Le serpent du songe guette sous le tracteur abandonné

La lune avance sous le nuage à tête d’ours polaire

Et tes comptes en écho

Tes comptes pauvre Job

 

Rien n’est sûr rien ne s’allume

Ton pas dérange les dernières pailles de l’été

Dernières preuves

De la lumière qui fut haute

Le soir inhabitable s’emplit d’âmes en peine

Chauves-souris à ton image

Hôtesses providentielles der l’ombre

Dociles à ta ressemblance

Et toi les dénombrant

 

Voici ton lot troué ton sac de perles d’aubes

D’autre aurores égrenées viendront encore

Quelques années à ta rencontre

Passerelles vers le vide

 

Ainsi défaisant emmêlant l’écheveau des traces

Brouillant les voies de terre et d’air

Remontant au labyrinthe enfoui

Ainsi s’écartant comme un joueur flambe

Ayant perdu la belle barre jaune du soir

Dans la cendre froide

Il assemble et détruit ses tablettes

S’étant rendu seul au désert

Il mêle une part de soi au passé

L’autre à l’avenir

Toutes deux également inconnaissables

 

Allons bat les cartes

Trouve la porte couleur de soleil d’oeuf translucide

Là est l’issue

La promesse aux yeux de statue sous la fiente des merles

 

Ressac,  Anthologie jeune poésie

Régis Dupont éditeur, Onex (Suisse), 1980

Du même auteur :

13 Janvier1976 (06/05/2015)

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