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Le jour monte et grandit, retombe sur la ville

Nous avons traversé la nuit sans délivrance

J'entends les autobus et la rumeur subtile

Des échanges sociaux. J'accède à la présence.

 

Aujourd'hui aura lieu. La surface invisible

Délimitant dans l'air nos êtres de souffrance

Se forme et se durcit à une vitesse terrible ;

Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

 

Nous avons traversé fatigues et désirs

Sans retrouver le goût des rêves de l'enfance

Il n'y a plus grand-chose au fond de nos sourires,

Nous sommes prisonniers de notre transparence.

 

 

Au long de ces journées où le corps nous domine

Où le monde est bien là, comme un bloc de ciment,

Ces journées sans plaisir, sans passion, sans tourment,

Dans l'inutilité pratiquement divines

 

Au milieu des herbages et des forêts de hêtres,

Au milieu des immeubles et des publicités

Nous vivons un moment d'absolue vérité:

Oui le monde est bien là, et tel qu'il paraît être.

 

Les êtres humains sont faits de parties séparables,

Leur corps coalescent n'est pas fait pour durer

Seuls dans leurs alvéoles soigneusement murés

Ils attendent l'envol, l'appel de l'impalpable.

 

Le gardien vient toujours au cœur du crépuscule;

Son regard est pensif, il a toutes les clés,

Les cendres des captifs sont très vite envolées;

Il faut quelques minutes pour laver la cellule.

 

Le sens du combat

Editions Flammarion, 1996

Du même auteur :

 « Est-il vrai … » (06/10/2014)

Fin de soirée (06/10/2015)

« Mon corps est comme un sac… » (06/10/2016)