gorode_1_

 

Fille perdue

 

Tu sors de ce bar

les yeux déchirés devant ton âme en miettes

Tu n’es plus toi au fond de la case

endormie sur la natte tressée de tes doigts

perdus cette nuit dans ta chevelure

que tu veux arracher parce que tu as trop bu

parce que le bidasse de la nuit dernière

a pris l’avion dans l’après-midi de Tontouta (1)

Tu me regardes et j’ai honte

Tu viens vers moi avec ton chagrin ta peine

de sœur de femme de ponoche (2)

Je m’enfuis de la ville

je te fuis sœur de ma chair

Je ne veux point te connaître

Je ne veux point te toucher

Tout ça parce que leurs livres ont dit

« C’est une fille perdue

c’est une pute »

 

Sœur de ma chair

pourquoi te connaître ?

ce soir je t’évite

je me sauve je rentre à la maison

Je prends un miroir

et l’image qu’il me renvoie

est ton visage

 

C’est le mien que je cherchais

(Montpellier, 4 décembre 1972)

 :

(1) Tontouta : L’aéroport de Nouvelle-Calédonie

(2) Ponoche : Femme kanake (connotation méprisante)

 

Revue « Poésie 1, N° 116, Mars-Avril 1984 »

Le Cherche-Midi éditeur, 1984