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XIII

 

     Quand parfois, au milieu d’autres dames, Amour apparaît au beau visage

de celle-ci, autant chacune lui cède en beauté, autant s’accroît le désir qui

me passionne.

     Je bénis le lieu, et le temps, et l’heure, où j’élevai mes regards vers un

un but si altier ; et je dis : Ô mon âme, tu dois être bien reconnaissante d’avoir

été jugée alors digne d’un tel honneur.

     D’elle te viens l’amoureux penser qui, pendant que tu le suis, t’envoie au

souverain bien, estimant peu ce que tout homme désire :

     D’elle vient ce noble courage qui te guide vers le ciel par le sentier direct,

si bien que je vais déjà rempli de sublimes espérances.

 

Traduit de l’italien par le comte Ferdinand Léopold de Gramont

In, Pétrarque : « Canzoniere »

Editions Gallimard (Poésie), 1983

 

Parfois, quand elle est parmi d’autres dames,

Et qu’Amour vient se poser sur ses traits,

Toutes en sont d’autant moins belles qu’elle,

Et d’autant plus croît mon fougueux désir.

 

Et je bénis le lieu, le temps et l’heure

Où mes regards si haut se sont levés,

Et dis : « Tu dois, mon âme, rendre grâce,

Toi qui fus digne, alors, d’un tel honneur.

 

D’elle te vient l’amoureuse pensée

Qui te conduit jusqu’au bien le plus haut,

En méprisant les désirs ordinaires ;

 

D’elle te vient cette noble vaillance

Qui vers le ciel tout droit te mène : et moi,

Déjà je vais, fier de cette espérance. »

 

Traduit de l’italien par Jean-Yves Masson

in, revue « Europe, N° 902-903, juin-juillet 2004 »

Du même auteur : « La vie fuit... » / « La vita fugge... » (21/02/19)

 

 

 

13

Quando fra l'altre donne ad ora ad ora 

Amor vien nel bel viso di costei, 

quanto ciascuna e men bella di lei 

tanto cresce 'l desio che m'innamora. 


I' benedico il loco e 'l tempo et l'ora 

che si alto miraron gli occhi mei, 

et dico: Anima, assai ringratiar dei 

che fosti a tanto honor degnata allora. 


Da lei ti ven l'amoroso pensero, 

che mentre 'l segui al sommo ben t'invia, 

pocho prezando quel ch'ogni huom desia; 


Da lei vien l'animosa leggiadria 

ch'al ciel ti scorge per destro sentero, 

si ch'i' vo gia de la speranza altero. 

Poème précédent en italien :

Alfonso Gatto : A mon père / A mio padre (27/08/2017)

Poème suivant en italien :

Roberto Veracini : Maintenant que le temps est brume / Ora che il tempo è nebbia (17/09/2017)