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i.m

Georges Perros

Michel Barré

 

rouillés sont les vaisseaux friables

les saillants face à la rongeuse

la mer toujours nécromancienne

qui n’a souri jamais

des millénaires

               ni à l’aurore

ni quand au loin le haut-fourneau

dégueule en silence ses gueuses

sa lave jaune-orangé-rouge

jusqu’à l’autre certain rivage

 

l’homme ici prend terre et revoit

les perdrix grises à l’essor

sous un ciel infini turquoise

quelque part vers Wissant ou bien

le lilas survivant parmi

la mauvaise herbe et les vestiges

revient défricher son arpent

plante un pommier pour ses planètes

un peuplier pour son argent

élit séjour humain auprès

des bêtes absolues respire

l’aisselle rousse de septembre

l’odeur de la menthe froissée

(on y couchait les truites

au ventre d’or profond)

poursuit la terminable phrase

qui le porte encor qui ne dit

que soit son dessein matinal

l’aimable et le poignant chaos

qui fut

 

               ainsi le musicien

perdue la voix tari le flot

de vers qui contait son exil

descend à la salle commune

et joue pour les autres muets

l’inopérante inachevée

et nécessaire mélodie

 

Aval

Editions Gallimard, 2006

Du même auteur :

« Une fois, / Les écluses s’ouvrirent… » (16/03/2015)

avant-guerre (25/08/2016)

journal infime (25/08/2018)

Adagio (25/08/2019